mercredi 30 avril 2014

Episode 8... et fin !

Vous l'attendiez ? Vraiment ? Eh bien, le voici, le 8ème et dernier épisode de notre chronique canadienne !
Et pourquoi le dernier, me demandent certains ? Nous ne rentrons pas demain, la vie continue ici au Canada, mais voilà que les semaines à venir vont nous amener à nous consacrer à d'autres activités que l'écriture :

- Xtophe est revenu de France et continue à passer le plus clair de son temps entre l'Aquarium et la fac. Il a troqué son pantalon contre un short de vélo qui laisse voir ses jambes musclées lorsqu'il tente de battre son propre record de vitesse le matin et le soir pour aller ou rentrer du boulot. Il paraît qu'il faut s'entraîner pour aller rouler le long du Great Divide entre Glacier National Park (Montana) et Yellow Stone (Wyoming) en juillet... Pourtant, il m'a bien dit que je n'avais pas de souci à me faire, que vraiment, le dénivelé n'était pas démentiel. Pourtant, c'est bien dans les Rocheuses, non ? Ce matin, j'ai lu attentivement le topo et les cartes qu'il a commandées... Hum ! Je vais devoir me méfier... En plus, on campe tout du long et c'est truffé de grizzlys... Je compte sur notre Anna qui va venir nous rejoindre (quel bonheur !) pour m'aider à mettre un peu de douceur dans ce projet très guinesque.

- Jean s'épanouit avec le soleil de plus en plus fréquent sous nos latitudes. Peu de commentaires sur sa vie d'écolier qui, de l'extérieur, semble le satisfaire. J'en saurai plus dans 2 semaines après un RDV avec le professeur responsable.
Il a décrété qu'il n'avait pas besoin d'entraînement vélo pour cet été. Que pouvons-nous dire lorsqu'il nous double allègrement dans les montées... ?

- Après avoir consacré beaucoup de temps à la visite de divers lycées au cours de ces 3 dernières semaines, je retrouve mon rythme de croisière avec, en plus des cadeaux qu'offre la ville de Vancouver (toujours, je ne m'en lasse pas), vélo (pas trop!) et yoga quotidiens. C'est la condition pour d'ici le 20 mai, intégrer la formation intensive de yoga dans laquelle j'ai décidé de me lancer : 5 semaines, 5 jours par semaine, 9h30 17h. Au programme : méditation, histoire et philosophie (simplifiées) du yoga, les bases d'anatomie, révision de toutes les postures de base et techniques d'enseignement, + du travail personnel. Nous sommes 20 à nous être inscrits à cette formation après avoir passé un entretien, et les 2/3 ont moins de 30 ans. Alors, bien sûr, je stresse un peu... Mais qu'ai-je à perdre ? Et voilà qui me permettra de vivre de l'intérieur la pédagogie canadienne !

Tiens, justement, venons-en, à cette manière d'enseigner en Colombie Britannique (le système scolaire n'est pas fédéral) si différente de celle que nous connaissons en France. J'ai été très chaleureusement accueillie par des collègues dans 5 écoles bien différentes :
Kitsilano, lycée qui fut avant-gardiste quand il a été créé par les 1ers habitants, alternatifs, du quartier, avant que les prix de l'immobilier grimpent en flèche, et que les jolies maisons attirent une population plus classique. Les parents sont encore particulièrement impliqués dans le fonctionnement de l'école. Classes de 3e et 1ère d'immersion.
Delta, au sud de la Fraser River, à plus d'1h en bus de Vancouver. Quartier plutôt populaire où résident les gens qui n'ont pas les moyens de se loger plus près. 2 classes d'anglais langue d'apprentissage (ELL), tous les élèves, de 13 ans à 17 ans, sont d'origine asiatique.
Ecole Française Internationale, au nord de Vancouver, qui accueille des élèves parlant couramment le français, du CP à la 3ème.
Mac Nair, lycée implanté à Richmond, le riche quartier chinois du sud de Vancouver. L'école accueille 60 % d'immigrants (et non pas immigrés, chercher la différence dans le dictionnaire, il en existe une, subtile, à me renvoyer dans vos commentaires !). 2 classes d'ELL, élèves de niveau 3e et 1ère.

Face à l'afflux massif d'immigrants qui continue encore de nos jours, l'école a dû s'adapter et se réinventer pour intégrer au plus vite tous ces jeunes issus de cultures si différentes. Et, ma foi, elle y parvient plutôt bien : les jeunes disent se sentir à l'aise dans ce système très ouvert par rapport à celui qu'ils ont connu en Chine ou ailleurs, valorisant, non pas basé sur les notes mais sur la capacité de chacun à progresser, quel que soit son niveau de départ. Au bout de 2 ans, plus pour certains à qui l'on donne davantage de temps d'adaptation, ils n'ont plus besoin des classes d'ELL et suivent une scolarité normale avec les autres Canadiens.
Les secrets (d'après ce que j'ai vu, mais je suis bien loin d'avoir fait le tour de la question) de ce succès ?
- Les petits effectifs (les classes d'ELL n'excèdent pas 20 élèves, ni d'ailleurs celles de français ou d'anglais en immersion ou Ecole Française (7 élèves dans une des classes observées !))
- L'importance d'apprendre vite une langue qu'on utilise dans son quotidien (anglais), ou en tout cas très présente au Canada (français).
- les journées courtes : l'école finit à 15 h, et les vacances sont moins nombreuses.
- La longueur des cours (75 min), qui donnent la possibilité de mener à bien des projets.
- La non multiplicité des cours quotidiens (4 blocks), et donc le suivi des élèves par un prof 4h par semaine.
- Le choix qui est donné aux élèves d'abandonner des matières qui ne leur plaisent pas à partir de la 2nd (sauf l'anglais, obligatoire jusqu'en Terminale, les maths et l'Histoire Géo jusqu'en 1ère).
- L'accueil, et la volonté exprimée de mélanger et valoriser les cultures. (Ceci n'a bien sûr pas toujours été le cas, comme en témoigne l'histoire des Aborigènes.)
- La formation solide des profs, très encadrés par plusieurs profs expérimentés pendant 1 an, et l'obligation qu'ont beaucoup d'assurer des remplacements et faire leurs preuves au début de leur carrière, voire d'avoir un petit boulot à côté avant d'avoir un poste fixe. La formation continue et le travail d'équipe se poursuivent ensuite tout au long de la carrière grâce à des journées mensuelles où les élèves restent chez eux.
- La bivalence des profs, qui rend le système -et les gens!- beaucoup plus souples.
- Le remplacement systématique des profs absents grâce à un volet conséquent de jeunes profs en début de carrière, et l'obligation qui est faite au prof qui confie sa classe de laisser son programme et des consignes précises au remplaçant. A ce propos, j'ai aussi appris que le prof qui sature et a besoin de prendre une semaine pour souffler peut faire la demande d'un congé sans solde, et être remplacé aussitôt.
- L'implication et la confiance des parents.
- La pédagogie, basée sur la valorisation de l'élève et le travail de groupe autour de projets.

En matière d'innovation pédagogique, je n'ai rien vu de marquant. J'ai juste noté un grand pragmatisme dans le choix des projets, la façon de les présenter (importance et temps consacré à donner les consignes qui guident les élèves vers la tâche à accomplir par exemple), la volonté de s'adresser à tous les élèves, quelle que soit leur façon d'apprendre, qu'ils soient auditifs, visuels, kinesthésiques, capables de s'exprimer par le dessin, la musique, le sport...
Les initiatives artistiques, culturelles, humanitaires sont particulièrement encouragées au sein des écoles, sous la forme de clubs, groupes de musique, théâtre...
J'ai été très marquée par le respect mutuel, le manque de stress, et le temps consacré à chacun.
Tiens, rigolo : J'ai même vu 2 profs, non aveugles, qui avaient amené leurs chiens d'aveugle en cours pour en parfaire le dressage. C'est peut-être aussi possible en France dans ce cas précis, je n'en sais rien.

Bon, c'est vrai, si je dresse un portrait plutôt idéalisé du système scolaire de BC, c'est bien parce-que je rêverais de venir y enseigner un an en école d'immersion, et que je sais que je n'aurais aucun mal à trouver un poste...
C'est aussi parce-que je me suis contentée d'observer des classes de langue, et que la réalité est sans doute un peu différente en cours de Maths, Hist-Géo, Anglais langue maternelle, où les effectifs vont jusqu'à 30, et où la motivation n'est peut-être pas égale chez tous les élèves .

L'envers du décor, c'est le manque de culture générale au bout de la scolarité (mais ne retrouve-t-on pas maintenant la même chose en France, chez nos jeunes qui ont très tôt rencontré des difficultés à l'école et que l'on retrouve si désabusés en Terminale?).
C'est aussi l'attitude désinvolte de ceux qui mangent en classe, pianotent sur leur portable pendant le cours, n'écoutent pas les consignes. Il y en a, certes, mais curieusement, ça ne nuit pas à l'ambiance générale de la classe, qui est plutôt dans l'accomplissement, à plusieurs souvent, des tâches proposées.

Le mythe du Chinois studieux, discipliné et attentif est dépassé : jeans troués, chewing gums et tenues provocantes sont de mise ici comme partout, et si certains, les filles pour la plupart, réussissent mieux, il n'en est pas de même pour tous, et j'ai pu rencontrer, comme partout, de sacrés loulous.

Notre amie Monique, chercheur dans le département de langue et littératie en éducation à l'Université de Colombie Britannique, qui a eu la gentillesse, par l'intermédiaire de ses connaissances de m'introduire auprès de tous les collègues qui m'ont accueillie dans leurs classes, m'a expliqué les 5 systèmes qui existent au Canada pour apprendre le français (cf épisode 7). Il semblerait que la façon dont nous enseignons les langues en France ressemble à ce qui ici s'appelle Français de Base, et qui donne des résultats très médiocres.

J'en apprendrai sans doute encore plus au symposium intitulé « intercultural Research, : Looking Back, Looking Forward » du 9 mai, qui a lieu à la fac, et auquel je me suis inscrite pour boucler mon petit tour d'horizon sur l'enseignement au Canada.

La suite de l'histoire sera plutôt visuelle, avec peut-être des photos déposées ici ou là au gré de nos découvertes, comme celle de l'île de Saturna, où Tophe -et nous par la même occasion;-)))- sommes invités à un weekend intitulé Adventures with Orcas in the North Pacific.
Et peut-être Tophe ramènera-t-il quelques belles photos de son escapade de 10 jours début juin du côté de Bella Coola où il va aller travailler sur les orques avec son ami chercheur de longue date, Lance.

Et voilà, la boucle est bouclée ! Merci à ceux qui m'ont encouragée à poursuivre le blog, et les autres qui ont eu la patience de me lire !
Et surtout, savourez le printemps !

Domie Xtophe Jean

samedi 19 avril 2014

Episode 7

Et si aujourd'hui Jean et moi vous emmenions sur une île, toute petite, vallonnée juste assez pour sentir l'effort si vous la parcouriez à vélo, pas suffisamment pour vous dissuader d'aller grimper jusqu'au sommet tout au milieu pour admirer la vue ? Une île toute petite perdue dans l'incroyable chapelet qui émaille le détroit de Géorgie séparant Vancouver de l'île qui porte son nom. Une petite île recouverte d'une épaisse forêt de thuyas géants, sapins, bouleaux, avec quelques arbutus (arbousiers?) ça et là, reconnaissables avec leurs petites feuilles vernies et surtout leurs troncs qui, comme de gros serpents, muent chaque année, nous donnant le plaisir de frotter leur vieille écorce pour sentir la douceur de leur peau toute neuve de printemps.
Cette petite île - qui tire de moi ces envolées pseudo-lyriques... -, c'est Mayne Island. Elle abrite quelques centaines de maisons, perchées le long de la côte comme des vigies sur la mer ou dissimulées dans la forêt, englouties dans le treillis inextricable de troncs moussus sur lesquels repoussent de jeunes thuyas recherchant la lumière. Il pleut beaucoup à Mayne, comme sur toutes ces îles de la côte ouest qui accrochent les nuages venant du Pacifique. Pourtant, ce week-end, il faisait un temps cristallin. Ca se dit, un temps cristallin ? Pas sûr. Bon, c'est quand le ciel est si bleu qu'il prend la couleur de la mer, que l'air est juste assez frais pour que l'on puisse pédaler sans transpirer, frissonner à l'ombre, et s'endormir sur la plage sans avoir chaud. C'est sur cette île si charmante que Janet du book club et son mari Kurt nous ont gentiment invités, Jean et moi, à venir les rejoindre -Xtophe est encore en France jusqu'à jeudi -.
Une épopée pour arriver jusqu'à eux ! Attendre la fin des cours de Jean vendredi soir, filer prendre le sky train (mi-métro, mi-train) au centre ville avec nos 2 vélos, acheter des billets à la machine qui fait la grimace en avalant notre carte bleue (forcément, il y a 2 endroits où l'insérer, et quand on choisit le mauvais...) pendant que tout le monde fait la queue (c'est le début du WE...), porter nos vélos dans les escaliers, les pousser dans le sky train, descendre 20 minutes après à Bridgeport, attendre 1/2h le dernier bus 620 qui relie Bridgeport à Tsawwassen d'où part le ferry (bien retenir la prononciation, et l'orthographe) en ¾ d'h, prier pour que les 2 SEULS porte-vélos ne soient pas pris d'assaut par d'autres cyclistes sinon... Sinon quoi ? Eh bien terminus du voyage. A moins d'abandonner nos vélos avec leurs antivols sur place. Durée du voyage : 4 h
Des fois, c'est bien de ne pas savoir tout ça avant de partir.
Le mieux, c'est de rencontrer un monsieur aux cheveux blancs qui porte précieusement 2 plantes malingres achetées pour sa voisine, d'être escorté jusqu'à Bridgeport, chaperonné pour arrimer nos vélos en un tour de main à l'avant du car sous l'oeil impatient du chauffeur qui surveille les opérations depuis son siège.
Mais qui est donc ce monsieur si serviable qui nous prend sous son aile ? Ecoutez plutôt la conversation ci-dessous :
« Monsieur, vous avez été incroyablement gentil de nous avons aidés à prendre nos billets, mettre nos vélos dans le sky train, êtes-vous bien sûr que vous allez jusqu'à Bridgeport ?
- Non, mon arrêt est avant, mais je veux m'assurer que vous puissiez mettre vos vélos dans le bus.
- Et... vous n'êtes pas pressé ? Le bus n'arrive que dans 1/2h, vous savez.
- Oh, vous savez, je suis pilote de l'air, et entre mes vols, j'ai 3 semaines de vacances, alors j'ai le temps. Je travaille pour Air Canada, comme mon père avant moi, et mes 3 frères d'ailleurs.
- Ca alors ! Et vous avez une sœur ?
- Oui. Elle déteste l'avion. Elle n'accepte de le prendre que quand c'est moi qui pilote. Allez savoir pourquoi. Au fait (à Jean), tu t'appelles comment ?
- Jean.
- Oh, ça tombe bien, c'est le nom de mon père.
- Et vous ?
- Michel.
- Tiens, c'est le nom de mon père, et aussi celui de ma mère, d'ailleurs. »
On rit, on se serre la main, et je promets que, dès que l'occasion se présentera, j'accompagnerai des touristes désorientés à bon port en pensant à Michel...

Sur le ferry, je m'assois dehors, au soleil, entre un grand gars aux cheveux longs et une jeune femme blonde souriante. Ils ne sont pas longs à lier conversation pendant que je bouquine -pas longtemps-, et les voilà qui parlent de leur vie sur les îles, et les maisons qu'il construit, et les massages qu'elle prodigue sur Galliano, au Mexique, ou en Nouvelle-Zélande. Des petits bouts de vie partagés, des connaissances communes : Jessie, le grand gars a été étudiant en biologie auprès de Jane qui nous a prêté sa voiture pendant 1 mois et demi... Juste être attentif aux petits hasards.
La vie est émaillée de petits instants sublimes...

Sublimes, comme la maison de Janet et Kurt sur Mayne Island, comme les 2 soirées passées en leur compagnie et celle de leurs amis venus poser définitivement leurs valises, après une vie bien remplie, à Mayne dans leur toute petite maison surplombant la mer, sublimes comme le saumon au BBQ fumé au bois de cèdre (Trouvez une petite bûche de cèdre, fendez-là en 2, immergez-la 12 h avec un gros caillou par-dessus pour la maintenir au fond d'une bassine, allumez le BBQ au gaz 5 minutes pour faire chauffer le cèdre, posez un beau filet de saumon chinook ou sockeye sur la bûche de cèdre, fermez le couvercle du BBQ et laissez cuire à feu vif pendant ½ h. Fermez les yeux, et dégustez, retrouvez le fumet du cèdre, le mélange de croustillant et de fondant...)
Vous avez l'eau à la bouche, n'est-ce pas ?

Voulez-vous aussi que je vous raconte Bowen Island où Jean et moi sommes allés la semaine dernière ? On se lève tôt, je prépare des sandwiches, la voiture ne démarre pas, on recharge la batterie, on oublie les sandwiches, on rate le ferry à 1 minute près, on attend patiemment le suivant. Comme sur des montagnes russes, on monte les côtes debout sur les pédales (moi, pas Jean, l'animal, qui grimpe allègrement, prenant parfois pitié de sa maman et trouvant encore l'énergie de la pousser jusqu'en haut de la côte), on descend à fond la caisse sur les petites routes sinueuses... On rentre à la tombée du jour, au moment des embouteillages sur le Lions Gate qui relie le nord et le centre de Vancouver. C'est juste pour que nous n'ayez pas l'impression que tout est idyllique ! …Sauf qu'on a bien aimé quand même !

Voilà, c'est sûr, vous pensez qu'on ne fiche rien au Canada, à part sauter d'île en île et siroter des gin and tonic.. Même pas vrai : j'ai commencé ma série de visites d'école, histoire de voir si la théorie évoquée à l'épisode 5 correspondait bien à la réalité...
Vendredi, cours de français en classe d'immersion, niveaux 3e et 1ère avec Maryline qui est française.
Lundi, repas avec Monique qui m'explique les 5 structures mises en place au Canada pour apprendre le français à l'école : français de base (comme l'anglais à l'école chez nous), peu probant, immersion, très bon niveau, français intensif (mélange de français de base et d'immersion), école francophone pour les ayant-droit (au moins un parent français), école française internationale, excellent.
Mardi, lever à 5h30 (Eh oui, faut pas croire qu'on se la coule douce tout le temps!), pour aller à Delta, à 1h15 de bus du centre de Vancouver, assister à un cours de 2nd d'ELL (Anglais Langue d'Apprentissage) et de Strategies pour élèves étrangers avec Jinny et Corene.
Mercredi, lever à 5h45 (encore !), pour me rendre à l'Ecole Française Internationale Cousteau, sous une pluie battante (!), accueillie par Tracy dans une classe d'anglais de 3e et CM2/6e.
La semaine prochaine, visite de 2 écoles encore, et symposium le 9 mai sur les différences interculturelles dans l'éducation à la fac.
Vous êtes curieux d'en savoir plus ? Eh bien, il vous faudra attendre de recevoir le 8ème (et dernier, il faut bien que toute chose ait une fin !) épisode de votre série canadienne !

Quoi d'autre ? Le yoga, toujours, quotidiennement, quelques musées, un très beau concert de mantras (Girish), quelques découvertes gastronomiques, et bien sûr les amis d'ici... La vie de tous les jours...
Prenez soin de la vôtre, elle est précieuse.
 
Domie

PS : Et Tophe ? Et Jean ?
Tophe rentre jeudi, j'ai hâte de le retrouver, et aussi qu'il me ramène des petits bouts de vous tous.
Jean, qui prend la vie comme elle vient, peu de mots, beaucoup d'accueil de ce qui vient, fermeture totale parfois, grande ouverture d'autres fois. Jean, 16 ans.




la maison de Janet et Kurt sur Mayne Island

tree hug...

Sur la plage de Mayne

loutre sur Mayne


coucher de soleil sur la plage de Vancouver

Traces d'ours... sur le trottoir de Vancouver





vendredi 4 avril 2014

Episode 6

l'emblème de Seattle : la Space Needle

Chihuli Garden and Glass

Seattle depuis la Space Needle : où sont les arbres ?



entorse à la culture gastronomique française...

...très appréciée !

...pour ma maman



Vancouver, Stanley Park : oeuvres éphémères

Les équilibres parfaits : je n'y croyais pas, j'ai perdu mon pari avec Xtophe : il n'y a effectivement pas de colle !

C'est le printemps !

Bibliothèque principale de Vancouver

Terry Fox

Et voilà ! Après une semaine bien remplie, nous sommes redescendus de 9 étages dans un appartement tout joli et simple, clair et propre (après ménage intensif, auquel a échappé Tophe retourné en France pour 3 semaines, le lâche !) à 2 blocks de notre ancien « loft ». Finis la vue spectaculaire sur la montagne, les veillées à la lueur des gratte-ciel, nous sommes plus près de la terre, les arbres sont en fleurs dans toute la ville, et nous sommes réveillés par le chant des oiseaux ! Et pour rajouter à l'impression de nous sentir chez nous dans cette ville qui me séduit toujours plus, nous avons hérité de June, jolie minette tigrée que nous hébergeons pour 10 jours. Elle est arrivée avec une valise toute pleine de curiosités, (jouets, friandises spéciales chats) litière ultra sophistiquée, cage tout confort, instructions précises et exhaustives... Une vraie reine qui a aussitôt élu domicile sur le lit de Jean. Les Canadiens ont avec leurs animaux une relation qui laisserait notre Zen perplexe. Va falloir assurer pendant 10 jours !
Ah oui : avons aperçu au hasard d'une promenade nocturne dans la ville une mouffette (le skunk noir rayé de blanc de Bambi, ça vous dit quelque chose?). A admirer de loin de peur de se voir asperger d'une mixture très nauséabonde et dont il est pratiquement impossible de se débarrasser.
Autant pour la rubrique animaux.

Je vais toujours plus avant dans ma découverte du yoga, avec un plaisir renouvelé. Aujourd'hui, c'était séance Kundalini : 9h du matin, au moins 70 personnes dans une salle, une grande majorité de femmes, mais tout de même une bonne proportion d'hommes, chant de mantras (que je n'ai pu qu'approximativement répéter), musique indienne envoûtante, danses plus que postures, et puis tout le corps qui se laisse aller dans des gestes désordonnés au rythme de la musique, une grosse dame qui monte sur l'estrade et se déhanche auprès de notre sinueuse professeure, retour au calme instantané, postures plus classiques à tenir longtemps, longtemps, et puis méditation. Les messieurs remettent leur cravate, les dames leurs talons, pour aller au travail, corps et esprit nettoyés.

Si Jean acceptait de prendre la plume, il raconterait La Casa Gelato, un magasin de glaces géant et bon enfant qui propose 280 parfums, depuis la glace à l'algue, à l'ail, au wazabi, en passant par la barbe à papa, le chocolat noir, blanc, sucré, non sucré, avec ou sans pépites... Les couleurs sont hallucinantes ! Le simple fait de choisir prend une bonne demi heure. C'est Elsie, qui connaît Vancouver comme sa poche, et qui a eu la gentillesse de nous héberger en attendant que notre nouvel appartement soit disponible, qui nous a fait découvrir ce palais des glaces.
Nos explorations nous ont aussi conduits vers Downtown East Side, quartier où se retrouvent les SDF qui vendent, troquent, échangent à même le sol, sur des nappes colorées, le bric-à-brac récupéré dans la journée, ramènent les bouteilles consignées dans un grand hangar United We Can Recycling Depot, se rendent à la banque alternative où les personnes sans compte bancaire ont la possibilité d'encaisser un chèque perçu pour un petit boulot... Ici, le poste de police ressemble davantage à un centre social : des panonceaux indiquant des lieux d'hébergement, d'échange de seringues sont installés en vitrine. Beaucoup des habitués du quartier sont des handicapés mentaux ou physiques qui n'ont pas trouvé leur place dans des centres spécialisés et forment une véritable cours des miracles tout près du prestigieux centre ville de Vancouver.
Plus loin à l'est, la Commercial Drive, une des rares rues un peu sinueuses de Vancouver, bordées d'habitations ou magasins bas et colorés qui me rappellent un peu la vieille Europe. Un lieu populaire où se côtoient artistes, musiciens, restaurateurs, poètes, commerçants. Nous notons sur nos calepins d'aller un soir au café théâtre le Havana ou jouer du djembé en plein air, en cercle. Les vibrations sont bonnes pour le corps, nous affirme le responsable du magasin, et aucune importance si l'on n'a jamais joué. Ca tombe bien !
Nous entrons aux Deux Soleils, bar restaurant rustique, tables et bancs de bois, ambiance un peu hippie. C'est là aujourd'hui qu'a lieu notre cours de conversation en français hebdomadaire. Elsie fait de gros progrès. La vaisselle est à disposition, nous prenons une soupe délicieuse, du pain aillé. A côté de nous, une estrade : le coin des poètes. Si vous voulez lire ou déclamer en public le poème que vous avez écrit, RDV ce soir à 20h. La salle sera comble.
Dans un autre style (inspiré de l'architecture du Colisée, celui-là), la gigantesque bibliothèque principale du centre ville. On y trouve... tout ! Des conférences gratuites ou non sont régulièrement proposées à tous, les gens sans ordinateurs peuvent s'y rendre tous les jours, de 10h à 20h. Il y fait bon, et c'est merveilleusement clair.
A 2 pas, les statues de Terry Fox, cet athlète atteint d'un cancer des os à 18 ans, qui a grandi dans un quartier populaire de Vancouver. Afin de rendre espoir aux malades et faire avancer la recherche médicale, il se lance dans le Marathon de l'Espoir et tente, avec sa prothèse de la jambe, de relier Terre-Neuve à la Colombie Britannique. Il s'arrêtera en Ontario après avoir parcouru 5 373 km en 143 jours et mourra peu de temps après de son cancer en juin 1981. Le 1er septembre de chaque année, une grande fête est donnée en son honneur. Cette histoire m'a touchée.

Nous finissons la journée... à la fourrière. Le stationnement à Vancouver est un vrai cauchemar !

Comment se fait-il que l'atmosphère qui règne à Vancouver soit si différente de celle que nous ressentons aux Etats-Unis où nous sommes allés rendre visite à ma cousine et sa gentille famille qui habitent à Seattle ? Le passage de la frontière nous met aussitôt dans l'ambiance : 1h3/4 pour passer la frontière. En tant que Français, il nous faut descendre de la voiture, faire la queue 3/4h pour aller remplir un formulaire, faire une photo, prendre les empreintes, expliquer que, non, nous ne passons pas de nourriture aux Etats-Unis, et pourquoi les pommes dans votre coffre ? Euh, juste notre pique-nique. Et, vous n'êtes pas de Marseille, au moins, parce-que là-bas c'est la jungle. Les douaniers sont détestables, entraînés à l'être, et ne se privent pas de faire subir ce qu'ils ont appris aux pauvres clampins que nous sommes. Un mot à bannir : « Pourquoi ? » : Ne jamais demander à un douanier pourquoi il me demande de sourire alors qu'il a demandé l'inverse à tous les autres. Voilà une bonne raison de rester coincé la journée à la frontière. J'ai bien fait de me retenir.
Si à Vancouver les gens (beaucoup) courent à toute heure de la journée ou de la nuit, par tous les temps, font du yoga, sourient, ne possèdent pas d'armes et sont sveltes pour la plupart, il n'en est pas de même des Américains. La différence est flagrante, et nous avons grand plaisir à évoquer toutes ces particularités, et bien d'autres choses encore avec Christine, Grégory et leur 2 adorables petits qui, bien que résidant depuis des années à Seattle, conservent précieusement leurs traditions françaises tout en étant parfaitement intégrés dans la vie professionnelle canadienne. Merci à cette famille du bout du monde pour son accueil si chaleureux.

Et pour finir, allez voir la video de Janet Echelman qui a exposé quelques jours une de ses spectaculaires sculptures-filets entre 2 gratte-ciel à Vancouver. Nous y sommes allés le soir à vélo, Jean, Xtophe et moi. Surtout, j'ai aimé l'histoire de cette femme qui réussit à transformer un échec en succès, tout en conservant poésie, légèreté et simplicité. http://www.ted.com/talks/janet_echelman

L'épisode 6 touche à sa fin, nos amis. Prenez soin de vous, et savourez le printemps !


jeudi 20 mars 2014

Episode 5

Bonjour à tous ! Comment aborder l'épisode 5 ? Un peu comme les autres, au gré de l'humeur, du temps, des nouvelles du moment, et de l'envie !

L'humeur, elle est aux vacances, (non pas que j'en sois privée, d'ailleurs, cette année...) C'est notre fiston qui souffle pendant 15 jours : finis les coups de fatigue en rentrant de l'école, tout saturé qu'il est d'avoir entendu cette langue barbare qui petit à petit fait son chemin dans les méandres du cerveau.
Tophe quant à lui s'octroie quelques jours par ci par là, le temps par exemple d'aller nous mette tous au vert chez nos amis français à Salmon Arm, au centre de la Colombie Britannique. Il nous aura fallu 5 heures pour les rejoindre dans leur ferme qui surplombe par le Nord le lac Shuswap, du nom des Indiens qui un jour en furent les principaux habitants.
Elle n'est pas commune, l'histoire de Benoît et Syvie, venus s'installer dans les années 80 dans ce coin perdu à l'époque, et qui, à force de courage, de persévérence et d'ingéniosité ont établi leur vie entre les Coastal Ranges et les Rocky Mountains. Mais si on observe un peu et on profite de la fête locale pour discuter avec les gens, on s'aperçoit qu'ils ont été nombreux, tous ces hippies ou objecteurs de conscience d'une époque, à chercher une vie plus harmonieuse ici, par goût du vert, de l'aventure, ou pour fuir la guerre du Vietnam. Aujourd'hui, cowboys à visage buriné et marginaux à cheveux longs (et gris) se mélangent lors de la Saint Patrick avec la population plus classique venue petit à petit coloniser les bords du lac. Depuis ces dernières années, le lac prête ses berges à la construction de villas de vacances plus luxueuses destinées à accueillir en particulier les riches exploitants de pétrole d'Alberta. Les prix ont grimpé, les temps ont changé.
Avec son look français (?), Tophe a été entrepris par des dames canadiennes d'un certain âge dont l'une aurait dit de lui : « He looks very coherent. ». Allez savoir ce que ça veut dire. D'ailleurs, étions-nous bien « coherents » lorsque nous dansions le rock sur de la musique irlandaise ? J'en doute.
Quel plaisir de retrouver la campagne, profiter de la très chaleureuse compagnie de Benoît et Sylvie, leurs animaux, assister la nuit sous la pleine lune à la naissance des premiers agneaux de l'année, et marcher en raquettes dans la neige. Le contraste avec Vancouver est étourdissant...

Semaine intéressante pour Tophe : il a tout d'abord présenté son travail sur les mammifères marins au collège français Cousteau, où il a trouvé les jeunes particulièrement vifs et intéressés (L'espace de quelques heures, il a même eu envie de devenir prof !), et il a assisté à une conférence et une formation données à l'université par une journaliste de CBC venue donner aux chercheurs les clés d'une bonne communication scientifique auprès du grand public  : annoncer un plan cohérent (tiens donc, encore ce mot), utiliser un langage clair, simple, mais tenir des propos d'un niveau élevé (ça n'est pas parce que le langage est simple que les auditeurs sont idiots), ne développer que quelques idées phares, étayées pour certaines par des exemples précis, faire monter le suspense lorsqu'il s'agit de donner les résultats d'une étude (et ne pas tout dire tout de suite !), émailler ses propos de quelques mini-silences pour laisser respirer l'auditoire, privilégier l'inter activité avec les auditeurs en leur laissant l'espace pour poser quelques questions. J'ai dû oublier des choses, que Xtophe se chargera de rajouter au prochain épisode.
Moi, je pense que les Anglo-Saxons sont très forts à l'oral. Ils y sont d'ailleurs entraînés à l'école dès leur plus jeune âge, et le contraste est flagrante entre les petits Français et les petits Canadiens, beaucoup plus à l'aise.
Cette différence d'approche et de technique est très notable lorsque l'on écoute la radio : j'ai plaisir à écouter CBC qui propose des émissions de qualité destinées à tous, et en particulier à la mosaique d'étrangers installés au Canada. Cette radio joue pleinement le rôle qu'elle s'est assigné : celui d'aider chacun à s'intégrer au mieux dans cette culture à 1000 facettes et pourtant commune à tous ceux qui ont choisi de rester ici. Finis les discours pontifiants qui agacent ou font se sentir bête...

A vous qui en avez assez d'entendre parler d'école, l'épisode 5 peut s'arrêter ici.
A vous qui êtes en recherche d'idées nouvelles ou tout simplement curieux du fonctionnement d'ailleurs, prenez une grande respiration avant de plonger dans l'univers de l'école canadienne ! Sylvie qui a été prof de français en Colombie Britannique pendant 20 ans a patiemment répondu à toutes mes questions, et voilà ce que j'ai retenu :

Les profs candiens ont 20h de cours effectifs par semaine, plus 5 heures comprenant le repas (40 minutes), les réunions, surveillances des récréation, aide individualisée, et autres obligations de présence, pour un salaire à peu près similaire au nôtre.
Presque tous sont bivalents et bénéficient d'une sécurité de l'emploi.
Leur formation est basée aussi bien sur la théorie que la pratique : pendant un an, ils sont stagiaires dans des établissements, et montent avec un prof référent des séquences qu'ils expérimentent ensuite auprès de classes qu'ils connaissent pour les avoir déjà observées.
Ils ne sont jamais inspectés au cours de leur carrière.
Ils animent 4 heures de cours par jour, 5 jours sur 7 et terminent leurs cours à 15h.
Ils disposent d'une journée de formation par mois, journée pendant laquelle les élèves restent chez eux. S'ils ont demandé une formation d'établissement car ont constaté par exemple des besoins particuliers chez les élèves (ex : apprendre à se concentrer, savoir mieux lire les énoncées, apprendre à développer davantage le cerveau gauche, s'exprimer correctement à l'oral...), tout le personnel est tenu de faire la formation sur une journée et mettre en place en équipe, chacun dans sa discipline, une activité en relation avec la formation. Si ce projet donne de bons résultats au bout de quelques mois, il est reconduit, amélioré, sinon, il est abandonné.
Il existe un éducateur spécialisé ainsi qu'un psychologue scolaire par établissement.
Si les profs sont absents, ils sont aussitôt remplacés par un prof remplaçant qui a reçu la même formation qu'eux et est payé de la même façon.
Tous les personnels peuvent planifier sur plusieurs années une année sabbatique, c'est à dire qu'ils décident par exemple de travailler à plein temps pendant 4 ans en touchant 75% de leur salaire, et ainsi être payés de la même façon pendant la 5ème année qu'ils choisissent de passer autrement. Ainsi beaucoup de personnes arrivent plus facilement à se recycler, changer de travail, ou voir ailleurs ce qui se passe.

L'année scolaire est découpée en 2 semestres. Le 1er semestre, les élèves choisissent 4 matières qu'ils suivront tous les jours pendant toute la durée du semestre.
Jusqu'en 3ème, les matières leur sont imposées. A partir de la seconde, seuls sciences, anglais, histoire géo sont obligatoires. En fin de seconde, ils peuvent laisser tomber les sciences qu'ils ont validées par un examen pour le bac. En 1ère, ils gardent obligatoirement l'histoire géo (validée pour le bac en fin de 1ère) et l'anglais. En Terminale, il ne leur reste plus que l'anglais comme matière obligatoire. Ce qui veut dire que toutes les autres matières sont facultatives, donc elles relèvent du choix de l'élève. La motivation est donc bien évidemment très différente.
Le 2ème semestre, ils choissisent 4 autres matières, ce qui veut aussi dire qu'un élève peut faire du français par exemple de manière intensive pendant 6 mois (4h par semaine) et ne plus en faire pendant les 6 mois qui suivent, pour ensuite le reprendre dans la classe supérieure. (!) Avis du prof concerné qui a testé 2 façons de faire  : il est plus efficace de mettre les élèves en mini immersion 1 semestre dans la langue, établir un contact serré avec eux, mettre sur pied des projets ambitieux que de les voir toute l'année, mais seulement 2h par semaine, en les chargeant en travail personnel pour éviter qu'ils oublient tout d'une fois sur l'autre. En général, les élèves choisissent tout de même de garder d'un semestre à l'autre la langue qu'ils ont choisi d'apprendre.
Ici, on n'empile pas les matières, et il est fréquent d'abandonner une langue qu'on a apprise au collège au profit d'une matière qui plaît davantage au lycée.
Les élèves qui auront choisi de faire de l'art plastique pendant 1 semestre considèreront la matière tout aussi importante que n'importe quelle autre car elle comptera autant, et sutout, ils l'auront choisie.
Le régime est un peu différent pour le sport et la musique : les profs de ces disciplines gardent les mêmes élèves toute l'année à raison de 2h par semaine pour éviter de solliciter le corps 4 h par semaine.
Le but principal de l'école est d'amener les individus à se développer personnellement, quel que soit leur niveau, et non pas d'acquérir le maximum de connaissances dans le maximum de disciplines. On ne privilégie pas l'acquisition d'une culture générale, mais la capacité à évoluer dans les disciplines choisies, voire s'adapeter à de nouveaux savoir-faire.
La compétition entre élèves n'est pas favorisée, mais plutôt la collaboration autour de projets communs, qui obligent les élèves à travailler en groupes.
Les classes n'excèdent pas 30 élèves par classe, et les profs n'ont pas plus de 4 classes en tout. Ils connaissent bien leurs élèves qu'ils voient tous les jours. Et c'est parce qu'ils leur enseignent tous les jours qu'ils leur donnent très peu de devoirs.
Si une matière est choisie par trop peu d'élèves, le prof est invité à enseigner davantage son autre matière, voire, s'il est monovalent, se former dans une autre matière ou assumer un rôle à la bibliothèque ou autre.
Si un élève pse problème, une réunion d'équipe a lieu immédiatement. L'élève, puis les parents sont convoqués. Il n'est pas rare pour un prof de laisser une classe en autonomie pour aller discuter avec un élève envoyé chez le principal à cause d'un comportement inadéquat. Les exclusions existent mais sont rares car les établissements reçoivent des subventions en fonction du nombre d'élèves.
Si un élève ne suit pas en primaire, il a la possibilité de redoubler une seule fois. S'il ne suit pas dans une matière à partir du collège, il ne redouble que dans la ou les matières qui lui posent problème, et se retrouve donc avec des élèves plus jeunes que lui, bons ou moins bons.

Ceci est le fonctionnement d'un lycée précis de Colombie Britannique. Il semblerait que les établissements aient une autonomie assez importante. Chaque province du Canada a aussi son propre fonctionnement. Seuls les programmes d'immersion ou destinés aux First Nations relèvent d'un fonctionnement fédéral. Les Indiens défavorisés peuvent bénéficier d'un suivi post scolaire assuré par les profs volontaires. En général, les filles de chefs réussissent mieux que les garçons.

Voilà en vrac toutes les réponses à mes questions. Il en existe bien d'autres qui m'ont été aussi suggérées par les amis et collègues qui réagissent par mail à mes petites chroniques. Il semblerait que collègues profs et parents d'enfants d'âge scolaire se posent bien des questions à propos de l'école en France.

J'ai hâte de mettre une réalité sur tous ces propos qui pour l'instant restent très théoriques. Dès le retour des vacances, je suis invitée à assister à un cours d'anglais au collège français Cousteau, et de là à des cours de français langue étrangère dans d'autres établissements scolaires. Je verrai ainsi de mes propres yeux s'il est si important d'interdire les portables ou la nourriture en classe, dans quelle mesure la relation de respect au professeur passe par l'autorité, comment sont gérés les travaux de groupe lorsque les élèves sont jeunes, etc..., et je continuerai à vous casser les pieds ! (A ceux qui ont le courage de lire jusqu'au bout, s'entend.)

J – 7 avant le départ de Xtophe pour 3 semaines (France, Ecosse), J- 10 avant notre déménagement vers un lieu moins élevé.
Il fait un temps magnifique, je rentre d'une leçon de français au Lighthouse Park (N O de Vancouver) donnée à Elsie face à la mer, et en écrivant, je profite encore de la vue sur les montagnes...

Vos nouvelles nous font toujours chaud au cœur.

Domie Xtophe Jean


la très jolie maison de Benoît et Sylvie faite main

Basile, qui nous a rapprochés de notre Zen


Benoît et sa nouvelle maison en cours



la jolie Sylvie

la tour qui ne cesse de monter et nous cacher la montagne enneigée

pique-nique et cours de français au Lighthouse park

mardi 11 mars 2014

Episode 4

Festival de danse des First Nations













mon beau Xtophe et nos beaux vélos...

carrefour arc-en-ciel, gay, non ?


Il fait beau, on voit la montagne de chez nous ! Notez juste la grue et le nouvel immeuble qui monte, qui monte de jour en jour.

A l'image du festival des danses indiennes, cette semaine est un kaléidoscope de couleurs, sensations, saveurs, expériences nouvelles.

Le musée d'anthropologie de Vancouver recèle de véritables trésors : des masques somptueux, des totems gigantesques, des tableaux de bois d'une modernité étonnante, exposés dans un bâtiment de verre futuriste non loin de l'université. Nous n'avons pas regretté de rouler ¾ d' h à vélo sous une pluie battante pour rejoindre le public majoritairement indien venu assister aux danses offertes par diverses tribus d'Amérique. Venus autant pour se retrouver que pour présenter leur spectacle au public, les danseurs ont fait vivre masques et costumes fabuleux qui le plus souvent dorment maintenant dans les musées. Plumes, tam tam, martèlement des pieds sur le sol, chants puissants des hommes qui racontent les histoires du fond des âges, claquements des becs de bois, tout y était. Il fallait simplement les imaginer il y a un siècle, au pied des totems, dans leurs villages posés au bord de l'océan, des fleuves, ou blottis dans les forêts. Comment vivent-ils aujourd'hui ? Certaines tribus, les plus reculées, ont conservé précieusement leur culture, d'autres se sont laissé détruire par l'alcool, noyer par les plus vilains aspects de la civilisation occidentale, et ne sont plus que l'ombre de ce qu'elle ont dû être. En regardant les danseurs, sveltes ou obèses, regards vifs ou lointains, c'était palpable aussi bien chez les hommes, les femmes, les vieux et les tout jeunes. Nous avons aimé ce moment, certes un peu nostalgique, où les artistes semblaient tous unis par la fierté de revivre et partager leur culture commune.
Rebuté par la pluie, Jean n'a malheureusement jamais pu nous rejoindre en bus, celui qu'il avait prévu de prendre étant au repos le samedi. Pauvre garçon, il est resté tranquillement à la maison à travailler - entre autre - son anglais, mais il n'a pas eu l'air de regretter son choix lorsqu'il a vu rentrer ses parents, trempés jusqu'aux os !
Le soir, repas multiculturel (canadien, québéquois, français, américain) chez nos copains Lance et Kathy. J'ai adoré discuter avec les copains québécois de Lance et Kathy, aussi bien pour leur gentillesse, drôlerie, que leur accent. Décidément, Vancouver est une ville très cosmopolite.

Contre toute attente, temps magnifique dimanche ! Pris de court (nous nous étions préparés à une pluie battante), nous avons (encore !, dirait Jean) enfourché nos bicyclettes pour faire à toute vitesse le tour de Stanley Park, en évitant du mieux possible les centaines de cyclistes, piétons, roller skaters, chiens à manteaux et autres obstacles qui, comme nous, étaient assoiffés de soleil. Puis direction China town dont je ne me lasse pas de découvrir la vie si différente du reste de Vancouver, et arrêt (enfin ! dirait Jean) dans un Dim Sum : comprendre : une sorte de cantine chinoise où les plats, déjà tout prêts à la consommation, sont présentés sur des sortes de plateaux chauffants. Il suffit de choisir en pointant du doigt (c'est plus sûr que de chercher à prononcer...) Sauf qu'à 3h30 de l'après midi (nous avions oublié le décalage horaire...) il ne restait presque plus rien, juste des boules de farine de riz pochées dans l'eau bouillante, et fourrées à la viande et légumes et quelques autres curiosités. Tout est bon lorsqu'on a pédalé longtemps ! Nous étions les seuls touristes, et d'ailleurs, les seuls tout court à cette heure-ci...

Le soir, ciné : 12 years a slave : je déteste les films où le metteur en scène prend plaisir à s'appesantir sur les scènes les plus violentes... 2h15 de noirceur (c'est le cas de le dire), je ne referai plus.

Tiens, je n'ai pas résisté au plaisir de prendre en photo le carrefour gay de notre quartier aux couleurs arc-en-ciel. Ca met de la gaieté dans la journée, quel que soit le temps !
Je n'ai pas osé faire des photos des sex shops avoisinants. Les vitrines changent toutes les semaines, et je m'étonne de la créativité et imagination déployées dans ce domaine.
Dans un autre registre, Xtophe est resté scotché en rentrant de la fac devant le salon d'esthéticienne abondamment éclairé le soir, où une cliente se faisait épiler à la vue de tous. Nous avons constaté la même chose pour les dentistes : se faire arracher une dent en public doit faire moins mal ! De toute façon, derrière le double vitrage, la douleur est muette.
A Vancouver, on peut s'extasier devant la sueur et les muscles des sportifs dans les salles de musculation vitrées. Comme sur catalogue, on pourrait presque choisir !

Puisque nous en sommes aux constatations physiques, ça y est, j'ai enfin vu pour de vrai à mon centre de yoga les postures que je ne croyais possibles que sur des photos avec retouches photo shop ! Moi qui étais assez fière de pouvoir faire le pont, même un peu bancal, 3 fois de suite sans m'effondrer, je suis restée béate d'admiration devant le magnifique scorpion de mon voisin de devant, l'équilibre impeccable de ma voisine de droite, avec jambes en écart parfait, l'indescriptible cobra de mon voisin de gauche. J'ai crû m'être trompée de cours ce jour-là. Pas du tout, le résultat n'a aucune importance, seul compte le chemin... Ouf ! Pas à pas, petit à petit, tous les jours...

C'est ce que je dis à Jean qui se sent bien souvent frustré de ne pas mieux comprendre l'anglais, même si doucement, il progresse. C'est d'autant plus difficile pour lui qu'il est arrivé à l'école en cours d'année, et que, n'ayant pas de classe attitrée, il connaît beaucoup de monde sans pour autant créer de liens forts avec des gens qu'il ne voit que 4 h par semaine au plus. Mais il part courageusement à l'école le matin, apprend son vocabulaire, est inscrit au futsal avec des adultes le lundi soir, y va parfois aussi le jeudi, et supporte vaillamment ses parents.
Elsie aimerait bien qu'il lui fasse la conversation en français une fois par semaine, histoire de se faire un peu d'argent de poche, mais ça n'a pas l'air de le brancher. Du coup, c'est moi qui donne mon petit cours de français hebdomadaire en échange de bavardages en anglais, et c'est très bien comme ça.
La semaine prochaine, c'est les vacances pour Jean. Tophe prend quelques jours. Nous allons rendre visite à des amis à Salmon Arm (Kamloops), à quelques 4 h au N-E de Vancouver, en Colombie Britannique, où la neige est encore bien là, puis le WE suivant à Seattle, chez ma cousine Christine et son mari Grégory.

Et voilà pour cette semaine.

De gros bisous à tous !

Domie Xtophe Jean