Et si aujourd'hui Jean et
moi vous emmenions sur une île, toute petite, vallonnée juste assez
pour sentir l'effort si vous la parcouriez à vélo, pas suffisamment
pour vous dissuader d'aller grimper jusqu'au sommet tout au milieu
pour admirer la vue ? Une île toute petite perdue dans
l'incroyable chapelet qui émaille le détroit de Géorgie séparant
Vancouver de l'île qui porte son nom. Une petite île recouverte
d'une épaisse forêt de thuyas géants, sapins, bouleaux, avec
quelques arbutus (arbousiers?) ça et là, reconnaissables avec leurs
petites feuilles vernies et surtout leurs troncs qui, comme de gros
serpents, muent chaque année, nous donnant le plaisir de frotter
leur vieille écorce pour sentir la douceur de leur peau toute neuve
de printemps.
Cette petite île - qui
tire de moi ces envolées pseudo-lyriques... -, c'est Mayne Island.
Elle abrite quelques centaines de maisons, perchées le long de la
côte comme des vigies sur la mer ou dissimulées dans la forêt,
englouties dans le treillis inextricable de troncs moussus sur
lesquels repoussent de jeunes thuyas recherchant la lumière. Il
pleut beaucoup à Mayne, comme sur toutes ces îles de la côte ouest
qui accrochent les nuages venant du Pacifique. Pourtant, ce week-end,
il faisait un temps cristallin. Ca se dit, un temps cristallin ?
Pas sûr. Bon, c'est quand le ciel est si bleu qu'il prend la couleur
de la mer, que l'air est juste assez frais pour que l'on puisse
pédaler sans transpirer, frissonner à l'ombre, et s'endormir sur la
plage sans avoir chaud. C'est sur cette île si charmante que Janet
du book club et son mari Kurt nous ont gentiment invités, Jean et
moi, à venir les rejoindre -Xtophe est encore en France jusqu'à
jeudi -.
Une épopée pour arriver
jusqu'à eux ! Attendre la fin des cours de Jean vendredi soir,
filer prendre le sky train (mi-métro, mi-train) au centre ville avec
nos 2 vélos, acheter des billets à la machine qui fait la grimace
en avalant notre carte bleue (forcément, il y a 2 endroits où
l'insérer, et quand on choisit le mauvais...) pendant que tout le
monde fait la queue (c'est le début du WE...), porter nos vélos
dans les escaliers, les pousser dans le sky train, descendre 20
minutes après à Bridgeport, attendre 1/2h le dernier bus 620 qui
relie Bridgeport à Tsawwassen d'où part le ferry (bien retenir la
prononciation, et l'orthographe) en ¾ d'h, prier pour que les 2
SEULS porte-vélos ne soient pas pris d'assaut par d'autres cyclistes
sinon... Sinon quoi ? Eh bien terminus du voyage. A moins
d'abandonner nos vélos avec leurs antivols sur place. Durée du
voyage : 4 h
Des fois, c'est bien de
ne pas savoir tout ça avant de partir.
Le mieux, c'est de
rencontrer un monsieur aux cheveux blancs qui porte précieusement 2
plantes malingres achetées pour sa voisine, d'être escorté jusqu'à
Bridgeport, chaperonné pour arrimer nos vélos en un tour de main à
l'avant du car sous l'oeil impatient du chauffeur qui surveille les
opérations depuis son siège.
Mais qui est donc ce
monsieur si serviable qui nous prend sous son aile ? Ecoutez
plutôt la conversation ci-dessous :
« Monsieur, vous avez
été incroyablement gentil de nous avons aidés à prendre nos
billets, mettre nos vélos dans le sky train, êtes-vous bien sûr
que vous allez jusqu'à Bridgeport ?
- Non, mon arrêt est
avant, mais je veux m'assurer que vous puissiez mettre vos vélos
dans le bus.
- Et... vous n'êtes pas
pressé ? Le bus n'arrive que dans 1/2h, vous savez.
- Oh, vous savez, je suis
pilote de l'air, et entre mes vols, j'ai 3 semaines de vacances,
alors j'ai le temps. Je travaille pour Air Canada, comme mon père
avant moi, et mes 3 frères d'ailleurs.
- Ca alors ! Et vous avez une
sœur ?
- Oui. Elle déteste l'avion. Elle
n'accepte de le prendre que quand c'est moi qui pilote. Allez savoir
pourquoi. Au fait (à Jean), tu t'appelles comment ?
- Jean.
- Oh, ça tombe bien, c'est le nom de
mon père.
- Et vous ?
- Michel.
- Tiens, c'est le nom de mon père, et
aussi celui de ma mère, d'ailleurs. »
On rit, on se serre la main, et je
promets que, dès que l'occasion se présentera, j'accompagnerai des
touristes désorientés à bon port en pensant à Michel...
Sur le ferry, je m'assois dehors, au
soleil, entre un grand gars aux cheveux longs et une jeune femme
blonde souriante. Ils ne sont pas longs à lier conversation pendant
que je bouquine -pas longtemps-, et les voilà qui parlent de leur
vie sur les îles, et les maisons qu'il construit, et les massages
qu'elle prodigue sur Galliano, au Mexique, ou en Nouvelle-Zélande.
Des petits bouts de vie partagés, des connaissances communes :
Jessie, le grand gars a été étudiant en biologie auprès de Jane
qui nous a prêté sa voiture pendant 1 mois et demi... Juste être
attentif aux petits hasards.
La vie est émaillée de petits
instants sublimes...
Sublimes, comme la maison de Janet et
Kurt sur Mayne Island, comme les 2 soirées passées en leur
compagnie et celle de leurs amis venus poser définitivement leurs
valises, après une vie bien remplie, à Mayne dans leur toute petite
maison surplombant la mer, sublimes comme le saumon au BBQ fumé au
bois de cèdre (Trouvez une petite bûche de cèdre, fendez-là en 2,
immergez-la 12 h avec un gros caillou par-dessus pour la maintenir au
fond d'une bassine, allumez le BBQ au gaz 5 minutes pour faire
chauffer le cèdre, posez un beau filet de saumon chinook ou sockeye
sur la bûche de cèdre, fermez le couvercle du BBQ et laissez cuire
à feu vif pendant ½ h. Fermez les yeux, et dégustez, retrouvez le
fumet du cèdre, le mélange de croustillant et de fondant...)
Vous avez l'eau à la bouche, n'est-ce
pas ?
Voulez-vous aussi que je vous raconte
Bowen Island où Jean et moi sommes allés la semaine dernière ?
On se lève tôt, je prépare des sandwiches, la voiture ne démarre
pas, on recharge la batterie, on oublie les sandwiches, on rate le
ferry à 1 minute près, on attend patiemment le suivant. Comme sur
des montagnes russes, on monte les côtes debout sur les pédales
(moi, pas Jean, l'animal, qui grimpe allègrement, prenant parfois
pitié de sa maman et trouvant encore l'énergie de la pousser
jusqu'en haut de la côte), on descend à fond la caisse sur les
petites routes sinueuses... On rentre à la tombée du jour, au
moment des embouteillages sur le Lions Gate qui relie le nord et le
centre de Vancouver. C'est juste pour que nous n'ayez pas
l'impression que tout est idyllique ! …Sauf qu'on a bien aimé
quand même !
Voilà, c'est sûr, vous pensez qu'on
ne fiche rien au Canada, à part sauter d'île en île et siroter des
gin and tonic.. Même pas vrai : j'ai commencé ma série de
visites d'école, histoire de voir si la théorie évoquée à
l'épisode 5 correspondait bien à la réalité...
Vendredi, cours de français en classe
d'immersion, niveaux 3e et 1ère avec Maryline qui est française.
Lundi, repas avec Monique qui
m'explique les 5 structures mises en place au Canada pour apprendre
le français à l'école : français de base (comme
l'anglais à l'école chez nous), peu probant, immersion, très
bon niveau, français intensif
(mélange de français de base et d'immersion), école
francophone pour les ayant-droit (au moins un parent français),
école française internationale, excellent.
Mardi, lever à 5h30 (Eh oui, faut pas
croire qu'on se la coule douce tout le temps!), pour aller à Delta,
à 1h15 de bus du centre de Vancouver, assister à un cours de 2nd
d'ELL (Anglais Langue d'Apprentissage) et de Strategies pour élèves
étrangers avec Jinny et Corene.
Mercredi, lever à 5h45 (encore !),
pour me rendre à l'Ecole Française Internationale Cousteau, sous
une pluie battante (!), accueillie par Tracy dans une classe
d'anglais de 3e et CM2/6e.
La semaine prochaine, visite de 2
écoles encore, et symposium le 9 mai sur les différences
interculturelles dans l'éducation à la fac.
Vous êtes curieux d'en savoir plus ?
Eh bien, il vous faudra attendre de recevoir le 8ème (et dernier, il
faut bien que toute chose ait une fin !) épisode de votre série
canadienne !
Quoi d'autre ? Le yoga, toujours,
quotidiennement, quelques musées, un très beau concert de mantras
(Girish), quelques découvertes gastronomiques, et bien sûr les amis
d'ici... La vie de tous les jours...
Prenez soin de la vôtre, elle est
précieuse.
Domie
PS : Et Tophe ? Et Jean ?
Tophe rentre jeudi, j'ai hâte de le
retrouver, et aussi qu'il me ramène des petits bouts de vous tous.
Jean, qui prend la vie comme elle
vient, peu de mots, beaucoup d'accueil de ce qui vient, fermeture
totale parfois, grande ouverture d'autres fois. Jean, 16 ans.
| la maison de Janet et Kurt sur Mayne Island |
| tree hug... |
| Sur la plage de Mayne |
| loutre sur Mayne |
| coucher de soleil sur la plage de Vancouver |
| Traces d'ours... sur le trottoir de Vancouver |
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