jeudi 20 mars 2014

Episode 5

Bonjour à tous ! Comment aborder l'épisode 5 ? Un peu comme les autres, au gré de l'humeur, du temps, des nouvelles du moment, et de l'envie !

L'humeur, elle est aux vacances, (non pas que j'en sois privée, d'ailleurs, cette année...) C'est notre fiston qui souffle pendant 15 jours : finis les coups de fatigue en rentrant de l'école, tout saturé qu'il est d'avoir entendu cette langue barbare qui petit à petit fait son chemin dans les méandres du cerveau.
Tophe quant à lui s'octroie quelques jours par ci par là, le temps par exemple d'aller nous mette tous au vert chez nos amis français à Salmon Arm, au centre de la Colombie Britannique. Il nous aura fallu 5 heures pour les rejoindre dans leur ferme qui surplombe par le Nord le lac Shuswap, du nom des Indiens qui un jour en furent les principaux habitants.
Elle n'est pas commune, l'histoire de Benoît et Syvie, venus s'installer dans les années 80 dans ce coin perdu à l'époque, et qui, à force de courage, de persévérence et d'ingéniosité ont établi leur vie entre les Coastal Ranges et les Rocky Mountains. Mais si on observe un peu et on profite de la fête locale pour discuter avec les gens, on s'aperçoit qu'ils ont été nombreux, tous ces hippies ou objecteurs de conscience d'une époque, à chercher une vie plus harmonieuse ici, par goût du vert, de l'aventure, ou pour fuir la guerre du Vietnam. Aujourd'hui, cowboys à visage buriné et marginaux à cheveux longs (et gris) se mélangent lors de la Saint Patrick avec la population plus classique venue petit à petit coloniser les bords du lac. Depuis ces dernières années, le lac prête ses berges à la construction de villas de vacances plus luxueuses destinées à accueillir en particulier les riches exploitants de pétrole d'Alberta. Les prix ont grimpé, les temps ont changé.
Avec son look français (?), Tophe a été entrepris par des dames canadiennes d'un certain âge dont l'une aurait dit de lui : « He looks very coherent. ». Allez savoir ce que ça veut dire. D'ailleurs, étions-nous bien « coherents » lorsque nous dansions le rock sur de la musique irlandaise ? J'en doute.
Quel plaisir de retrouver la campagne, profiter de la très chaleureuse compagnie de Benoît et Sylvie, leurs animaux, assister la nuit sous la pleine lune à la naissance des premiers agneaux de l'année, et marcher en raquettes dans la neige. Le contraste avec Vancouver est étourdissant...

Semaine intéressante pour Tophe : il a tout d'abord présenté son travail sur les mammifères marins au collège français Cousteau, où il a trouvé les jeunes particulièrement vifs et intéressés (L'espace de quelques heures, il a même eu envie de devenir prof !), et il a assisté à une conférence et une formation données à l'université par une journaliste de CBC venue donner aux chercheurs les clés d'une bonne communication scientifique auprès du grand public  : annoncer un plan cohérent (tiens donc, encore ce mot), utiliser un langage clair, simple, mais tenir des propos d'un niveau élevé (ça n'est pas parce que le langage est simple que les auditeurs sont idiots), ne développer que quelques idées phares, étayées pour certaines par des exemples précis, faire monter le suspense lorsqu'il s'agit de donner les résultats d'une étude (et ne pas tout dire tout de suite !), émailler ses propos de quelques mini-silences pour laisser respirer l'auditoire, privilégier l'inter activité avec les auditeurs en leur laissant l'espace pour poser quelques questions. J'ai dû oublier des choses, que Xtophe se chargera de rajouter au prochain épisode.
Moi, je pense que les Anglo-Saxons sont très forts à l'oral. Ils y sont d'ailleurs entraînés à l'école dès leur plus jeune âge, et le contraste est flagrante entre les petits Français et les petits Canadiens, beaucoup plus à l'aise.
Cette différence d'approche et de technique est très notable lorsque l'on écoute la radio : j'ai plaisir à écouter CBC qui propose des émissions de qualité destinées à tous, et en particulier à la mosaique d'étrangers installés au Canada. Cette radio joue pleinement le rôle qu'elle s'est assigné : celui d'aider chacun à s'intégrer au mieux dans cette culture à 1000 facettes et pourtant commune à tous ceux qui ont choisi de rester ici. Finis les discours pontifiants qui agacent ou font se sentir bête...

A vous qui en avez assez d'entendre parler d'école, l'épisode 5 peut s'arrêter ici.
A vous qui êtes en recherche d'idées nouvelles ou tout simplement curieux du fonctionnement d'ailleurs, prenez une grande respiration avant de plonger dans l'univers de l'école canadienne ! Sylvie qui a été prof de français en Colombie Britannique pendant 20 ans a patiemment répondu à toutes mes questions, et voilà ce que j'ai retenu :

Les profs candiens ont 20h de cours effectifs par semaine, plus 5 heures comprenant le repas (40 minutes), les réunions, surveillances des récréation, aide individualisée, et autres obligations de présence, pour un salaire à peu près similaire au nôtre.
Presque tous sont bivalents et bénéficient d'une sécurité de l'emploi.
Leur formation est basée aussi bien sur la théorie que la pratique : pendant un an, ils sont stagiaires dans des établissements, et montent avec un prof référent des séquences qu'ils expérimentent ensuite auprès de classes qu'ils connaissent pour les avoir déjà observées.
Ils ne sont jamais inspectés au cours de leur carrière.
Ils animent 4 heures de cours par jour, 5 jours sur 7 et terminent leurs cours à 15h.
Ils disposent d'une journée de formation par mois, journée pendant laquelle les élèves restent chez eux. S'ils ont demandé une formation d'établissement car ont constaté par exemple des besoins particuliers chez les élèves (ex : apprendre à se concentrer, savoir mieux lire les énoncées, apprendre à développer davantage le cerveau gauche, s'exprimer correctement à l'oral...), tout le personnel est tenu de faire la formation sur une journée et mettre en place en équipe, chacun dans sa discipline, une activité en relation avec la formation. Si ce projet donne de bons résultats au bout de quelques mois, il est reconduit, amélioré, sinon, il est abandonné.
Il existe un éducateur spécialisé ainsi qu'un psychologue scolaire par établissement.
Si les profs sont absents, ils sont aussitôt remplacés par un prof remplaçant qui a reçu la même formation qu'eux et est payé de la même façon.
Tous les personnels peuvent planifier sur plusieurs années une année sabbatique, c'est à dire qu'ils décident par exemple de travailler à plein temps pendant 4 ans en touchant 75% de leur salaire, et ainsi être payés de la même façon pendant la 5ème année qu'ils choisissent de passer autrement. Ainsi beaucoup de personnes arrivent plus facilement à se recycler, changer de travail, ou voir ailleurs ce qui se passe.

L'année scolaire est découpée en 2 semestres. Le 1er semestre, les élèves choisissent 4 matières qu'ils suivront tous les jours pendant toute la durée du semestre.
Jusqu'en 3ème, les matières leur sont imposées. A partir de la seconde, seuls sciences, anglais, histoire géo sont obligatoires. En fin de seconde, ils peuvent laisser tomber les sciences qu'ils ont validées par un examen pour le bac. En 1ère, ils gardent obligatoirement l'histoire géo (validée pour le bac en fin de 1ère) et l'anglais. En Terminale, il ne leur reste plus que l'anglais comme matière obligatoire. Ce qui veut dire que toutes les autres matières sont facultatives, donc elles relèvent du choix de l'élève. La motivation est donc bien évidemment très différente.
Le 2ème semestre, ils choissisent 4 autres matières, ce qui veut aussi dire qu'un élève peut faire du français par exemple de manière intensive pendant 6 mois (4h par semaine) et ne plus en faire pendant les 6 mois qui suivent, pour ensuite le reprendre dans la classe supérieure. (!) Avis du prof concerné qui a testé 2 façons de faire  : il est plus efficace de mettre les élèves en mini immersion 1 semestre dans la langue, établir un contact serré avec eux, mettre sur pied des projets ambitieux que de les voir toute l'année, mais seulement 2h par semaine, en les chargeant en travail personnel pour éviter qu'ils oublient tout d'une fois sur l'autre. En général, les élèves choisissent tout de même de garder d'un semestre à l'autre la langue qu'ils ont choisi d'apprendre.
Ici, on n'empile pas les matières, et il est fréquent d'abandonner une langue qu'on a apprise au collège au profit d'une matière qui plaît davantage au lycée.
Les élèves qui auront choisi de faire de l'art plastique pendant 1 semestre considèreront la matière tout aussi importante que n'importe quelle autre car elle comptera autant, et sutout, ils l'auront choisie.
Le régime est un peu différent pour le sport et la musique : les profs de ces disciplines gardent les mêmes élèves toute l'année à raison de 2h par semaine pour éviter de solliciter le corps 4 h par semaine.
Le but principal de l'école est d'amener les individus à se développer personnellement, quel que soit leur niveau, et non pas d'acquérir le maximum de connaissances dans le maximum de disciplines. On ne privilégie pas l'acquisition d'une culture générale, mais la capacité à évoluer dans les disciplines choisies, voire s'adapeter à de nouveaux savoir-faire.
La compétition entre élèves n'est pas favorisée, mais plutôt la collaboration autour de projets communs, qui obligent les élèves à travailler en groupes.
Les classes n'excèdent pas 30 élèves par classe, et les profs n'ont pas plus de 4 classes en tout. Ils connaissent bien leurs élèves qu'ils voient tous les jours. Et c'est parce qu'ils leur enseignent tous les jours qu'ils leur donnent très peu de devoirs.
Si une matière est choisie par trop peu d'élèves, le prof est invité à enseigner davantage son autre matière, voire, s'il est monovalent, se former dans une autre matière ou assumer un rôle à la bibliothèque ou autre.
Si un élève pse problème, une réunion d'équipe a lieu immédiatement. L'élève, puis les parents sont convoqués. Il n'est pas rare pour un prof de laisser une classe en autonomie pour aller discuter avec un élève envoyé chez le principal à cause d'un comportement inadéquat. Les exclusions existent mais sont rares car les établissements reçoivent des subventions en fonction du nombre d'élèves.
Si un élève ne suit pas en primaire, il a la possibilité de redoubler une seule fois. S'il ne suit pas dans une matière à partir du collège, il ne redouble que dans la ou les matières qui lui posent problème, et se retrouve donc avec des élèves plus jeunes que lui, bons ou moins bons.

Ceci est le fonctionnement d'un lycée précis de Colombie Britannique. Il semblerait que les établissements aient une autonomie assez importante. Chaque province du Canada a aussi son propre fonctionnement. Seuls les programmes d'immersion ou destinés aux First Nations relèvent d'un fonctionnement fédéral. Les Indiens défavorisés peuvent bénéficier d'un suivi post scolaire assuré par les profs volontaires. En général, les filles de chefs réussissent mieux que les garçons.

Voilà en vrac toutes les réponses à mes questions. Il en existe bien d'autres qui m'ont été aussi suggérées par les amis et collègues qui réagissent par mail à mes petites chroniques. Il semblerait que collègues profs et parents d'enfants d'âge scolaire se posent bien des questions à propos de l'école en France.

J'ai hâte de mettre une réalité sur tous ces propos qui pour l'instant restent très théoriques. Dès le retour des vacances, je suis invitée à assister à un cours d'anglais au collège français Cousteau, et de là à des cours de français langue étrangère dans d'autres établissements scolaires. Je verrai ainsi de mes propres yeux s'il est si important d'interdire les portables ou la nourriture en classe, dans quelle mesure la relation de respect au professeur passe par l'autorité, comment sont gérés les travaux de groupe lorsque les élèves sont jeunes, etc..., et je continuerai à vous casser les pieds ! (A ceux qui ont le courage de lire jusqu'au bout, s'entend.)

J – 7 avant le départ de Xtophe pour 3 semaines (France, Ecosse), J- 10 avant notre déménagement vers un lieu moins élevé.
Il fait un temps magnifique, je rentre d'une leçon de français au Lighthouse Park (N O de Vancouver) donnée à Elsie face à la mer, et en écrivant, je profite encore de la vue sur les montagnes...

Vos nouvelles nous font toujours chaud au cœur.

Domie Xtophe Jean


la très jolie maison de Benoît et Sylvie faite main

Basile, qui nous a rapprochés de notre Zen


Benoît et sa nouvelle maison en cours



la jolie Sylvie

la tour qui ne cesse de monter et nous cacher la montagne enneigée

pique-nique et cours de français au Lighthouse park

mardi 11 mars 2014

Episode 4

Festival de danse des First Nations













mon beau Xtophe et nos beaux vélos...

carrefour arc-en-ciel, gay, non ?


Il fait beau, on voit la montagne de chez nous ! Notez juste la grue et le nouvel immeuble qui monte, qui monte de jour en jour.

A l'image du festival des danses indiennes, cette semaine est un kaléidoscope de couleurs, sensations, saveurs, expériences nouvelles.

Le musée d'anthropologie de Vancouver recèle de véritables trésors : des masques somptueux, des totems gigantesques, des tableaux de bois d'une modernité étonnante, exposés dans un bâtiment de verre futuriste non loin de l'université. Nous n'avons pas regretté de rouler ¾ d' h à vélo sous une pluie battante pour rejoindre le public majoritairement indien venu assister aux danses offertes par diverses tribus d'Amérique. Venus autant pour se retrouver que pour présenter leur spectacle au public, les danseurs ont fait vivre masques et costumes fabuleux qui le plus souvent dorment maintenant dans les musées. Plumes, tam tam, martèlement des pieds sur le sol, chants puissants des hommes qui racontent les histoires du fond des âges, claquements des becs de bois, tout y était. Il fallait simplement les imaginer il y a un siècle, au pied des totems, dans leurs villages posés au bord de l'océan, des fleuves, ou blottis dans les forêts. Comment vivent-ils aujourd'hui ? Certaines tribus, les plus reculées, ont conservé précieusement leur culture, d'autres se sont laissé détruire par l'alcool, noyer par les plus vilains aspects de la civilisation occidentale, et ne sont plus que l'ombre de ce qu'elle ont dû être. En regardant les danseurs, sveltes ou obèses, regards vifs ou lointains, c'était palpable aussi bien chez les hommes, les femmes, les vieux et les tout jeunes. Nous avons aimé ce moment, certes un peu nostalgique, où les artistes semblaient tous unis par la fierté de revivre et partager leur culture commune.
Rebuté par la pluie, Jean n'a malheureusement jamais pu nous rejoindre en bus, celui qu'il avait prévu de prendre étant au repos le samedi. Pauvre garçon, il est resté tranquillement à la maison à travailler - entre autre - son anglais, mais il n'a pas eu l'air de regretter son choix lorsqu'il a vu rentrer ses parents, trempés jusqu'aux os !
Le soir, repas multiculturel (canadien, québéquois, français, américain) chez nos copains Lance et Kathy. J'ai adoré discuter avec les copains québécois de Lance et Kathy, aussi bien pour leur gentillesse, drôlerie, que leur accent. Décidément, Vancouver est une ville très cosmopolite.

Contre toute attente, temps magnifique dimanche ! Pris de court (nous nous étions préparés à une pluie battante), nous avons (encore !, dirait Jean) enfourché nos bicyclettes pour faire à toute vitesse le tour de Stanley Park, en évitant du mieux possible les centaines de cyclistes, piétons, roller skaters, chiens à manteaux et autres obstacles qui, comme nous, étaient assoiffés de soleil. Puis direction China town dont je ne me lasse pas de découvrir la vie si différente du reste de Vancouver, et arrêt (enfin ! dirait Jean) dans un Dim Sum : comprendre : une sorte de cantine chinoise où les plats, déjà tout prêts à la consommation, sont présentés sur des sortes de plateaux chauffants. Il suffit de choisir en pointant du doigt (c'est plus sûr que de chercher à prononcer...) Sauf qu'à 3h30 de l'après midi (nous avions oublié le décalage horaire...) il ne restait presque plus rien, juste des boules de farine de riz pochées dans l'eau bouillante, et fourrées à la viande et légumes et quelques autres curiosités. Tout est bon lorsqu'on a pédalé longtemps ! Nous étions les seuls touristes, et d'ailleurs, les seuls tout court à cette heure-ci...

Le soir, ciné : 12 years a slave : je déteste les films où le metteur en scène prend plaisir à s'appesantir sur les scènes les plus violentes... 2h15 de noirceur (c'est le cas de le dire), je ne referai plus.

Tiens, je n'ai pas résisté au plaisir de prendre en photo le carrefour gay de notre quartier aux couleurs arc-en-ciel. Ca met de la gaieté dans la journée, quel que soit le temps !
Je n'ai pas osé faire des photos des sex shops avoisinants. Les vitrines changent toutes les semaines, et je m'étonne de la créativité et imagination déployées dans ce domaine.
Dans un autre registre, Xtophe est resté scotché en rentrant de la fac devant le salon d'esthéticienne abondamment éclairé le soir, où une cliente se faisait épiler à la vue de tous. Nous avons constaté la même chose pour les dentistes : se faire arracher une dent en public doit faire moins mal ! De toute façon, derrière le double vitrage, la douleur est muette.
A Vancouver, on peut s'extasier devant la sueur et les muscles des sportifs dans les salles de musculation vitrées. Comme sur catalogue, on pourrait presque choisir !

Puisque nous en sommes aux constatations physiques, ça y est, j'ai enfin vu pour de vrai à mon centre de yoga les postures que je ne croyais possibles que sur des photos avec retouches photo shop ! Moi qui étais assez fière de pouvoir faire le pont, même un peu bancal, 3 fois de suite sans m'effondrer, je suis restée béate d'admiration devant le magnifique scorpion de mon voisin de devant, l'équilibre impeccable de ma voisine de droite, avec jambes en écart parfait, l'indescriptible cobra de mon voisin de gauche. J'ai crû m'être trompée de cours ce jour-là. Pas du tout, le résultat n'a aucune importance, seul compte le chemin... Ouf ! Pas à pas, petit à petit, tous les jours...

C'est ce que je dis à Jean qui se sent bien souvent frustré de ne pas mieux comprendre l'anglais, même si doucement, il progresse. C'est d'autant plus difficile pour lui qu'il est arrivé à l'école en cours d'année, et que, n'ayant pas de classe attitrée, il connaît beaucoup de monde sans pour autant créer de liens forts avec des gens qu'il ne voit que 4 h par semaine au plus. Mais il part courageusement à l'école le matin, apprend son vocabulaire, est inscrit au futsal avec des adultes le lundi soir, y va parfois aussi le jeudi, et supporte vaillamment ses parents.
Elsie aimerait bien qu'il lui fasse la conversation en français une fois par semaine, histoire de se faire un peu d'argent de poche, mais ça n'a pas l'air de le brancher. Du coup, c'est moi qui donne mon petit cours de français hebdomadaire en échange de bavardages en anglais, et c'est très bien comme ça.
La semaine prochaine, c'est les vacances pour Jean. Tophe prend quelques jours. Nous allons rendre visite à des amis à Salmon Arm (Kamloops), à quelques 4 h au N-E de Vancouver, en Colombie Britannique, où la neige est encore bien là, puis le WE suivant à Seattle, chez ma cousine Christine et son mari Grégory.

Et voilà pour cette semaine.

De gros bisous à tous !

Domie Xtophe Jean


jeudi 6 mars 2014

Episode 2

Des canards ! Ca fait du bien !


J'adore !


Encore la vue de notre immeuble, avec la grue et l'immeuble en construction qui bientôt nous cachera la montagne enneigée...


Jardin Zen particulier, trop kitsch, trop drôle !


Je ne m'en lasse pas...
Coucou tous.
Chronique de notre petite vie canadienne. Si les détails vous ennuient, lisez en diagonale, et recevez juste de grosses bises de nous 3 !
Temps neigeux depuis 3 jours à Vancouver. Les montagnes se couvrent de blanc, mais la neige ne tient pas en ville.
Hier (dimanche) Jean a été invité à faire du ski à Cypress, au nord de la ville, par des amis et leurs filles, et nous sommes partis chez Lance et Kathy à vélo sous la neige pour prendre un brunch avec eux avant d'aller faire des raquettes dans la forêt. Les arbres étaient magnifiques, et nous avons découvert grâce à Lance d'anciennes cabanes cachées dans les arbres, et tolérées par le parc à condition qu'elles soient entretenues par leurs propriétaires. Elles ont un charme désuet, ces cabanes sans électricité qui ont été transmises à leurs propriétaires actuels de génération en génération. Ce bol d'air frais en montagne nous a fait le plus grand bien, car, au cas où vous ne le sauriez pas, Xtophe n'est pas un homme des villes, et la visite de la Gallery of Fine Arts samedi, avec son exposition des œuvres d'Emily Carr, artiste locale qui fait la fierté de la Colombie Britannique, n'a pas été suffisante pour étancher sa soif de nature... Pourtant, elle peint de magnifiques forêts et des mats totémiques haida... Il a failli tourner grognon. Jean, lui, était tout content de découvrir la cuisine japonaise, même si sa dextérité à utiliser les baguettes laisse encore à désirer. Vancouver doit posséder la plus grande concentration de restaurants japonais au km2 !
Nous nous sentons bien à Vancouver. Malgré la laideur de certains immeubles, malgré la pauvreté de certains quartiers où les mendiants ont installé leurs pancartes, leur couverture, leur chien, la ville possède un charme lié en grande partie à sa localisation exceptionnelle entre océan et montagnes, et à l'ambiance bon enfant qui y règne, en particulier dans notre quartier.
Je reste dubitative devant le luxe déployé dans certaines rues, avec ces duplex offerts à la vue et éclairés toute la nuit, ces gratte-ciel qui écrasent les bâtiments historiques, lorsqu'ils ne les remplacent pas carrément. Tophe a du mal à reconnaître des quartiers qu'il a découverts il y a 25 ans. Jean s'amuse à répertorier les voitures de luxe et, désespéré par mon ignorance, m'enseigne patiemment les marques : Lamborghini, Ferrari, Mercedes, Bentley, Porsche... Pas encore vu de marque française... Régulièrement, les Limousines passent.
Nous ressentons très fort l'atmosphère paisible qui prévaut ici : les gens semblent prendre le temps. Depuis la caissière de supermarché de l'équipe de nuit qui s'est levée à 4h30 l'après-midi, a le sourire à 20h lorsque j'achète le pain en sortant du cinéma, jusqu'au proviseur du lycée de Jean qui répond personnellement à un mail, en passant par les personnes âgées qui vendent des livres d'occasion pour réunir des fonds pour les SDF. Nous remarquons que là où une seule personne travaillerait en France, au moins trois sont embauchées au Canada. Les salaires restent élevés, mais le travail doit être bien moins taxé que chez nous. Et pas de restrictions horaires : tout est ouvert tout le temps, dimanche compris, que ce soit les banques, les magasins, la poste...
Les gens ont l'air d'être disponibles, de beaucoup sortir - très tôt d'ailleurs car ici le dîner est à 18h -, faire partie d'un club ou s'engager dans des associations, aller faire du ski après leur journée de travail...
Les vélos (ça y est, nous avons tous les 3 des vélos !) sont restés au sec ce matin, et les garçons ont pris le bus pour aller à l'école (Jean) et à la fac (Xtophe). Et moi, j'en profite pour commencer la journée au centre de Yoga situé à 10 min à pied de chez nous. En fait, il existe des centres à tous les coins de rue, et j'ai une carte pour aller essayer tous les cours que je veux pendant un mois !
Sinon, j'ai été invitée à une exposition de quilts (où j'ai rencontré des hommes quilters très doués. Eh, oui, Messieurs, la couture vous attend !), et je me joins demain à un club de livres (et pas du 3ème âge, j'imagine déjà les sourires ironiques de mes frères / beau-frères...).
J'attends que l'école de Jean me recontacte pour y intervenir, et que notre amie Monique, formatrice des profs de français en écoles d'immersion, rentre de voyage,  car j'aimerais en connaître davantage sur son fonctionnement si différent du nôtre. Apparemment, il ne fait pas l'unanimité chez les Canadiens qui le qualifient de médiocre (Pourtant j'ai lu une étude qui affirme que les écoles canadiennes se classent parmi les meilleures au monde aux tests), mais il est fort apprécié de Jean qui vient d'apprendre à faire un chausson aux légumes (je compte bien qu'il le reproduise à la maison !) en binôme. Il a aussi dû apprendre toutes les provinces et capitales du Canada ( moins drôle pour lui, mais maintenant, moi, je suis incollable !). Il s'est fait des copains en classe de sport. En cours d'anglais 2nde langue, il est seul parmi une vingtaine d'Asiatiques, hormis une occidentale dont il ne connaît pas encore l'origine. Les écoles publiques canadiennes acceptent des étudiants internationaux depuis les années 80 et ont su développer des infrastructures et du soutien performants pour ces élèves. J'ai appris que le Canada dépensait davantage pour l'école que tout autre pays du G8, et que ses profs étaient très bien formés, et bien payés.
Jean part tous les matins avec son lunch box et rentre vers 15h30, sauf que la semaine dernière, il s'est un peu perdu à vélo dans Vancouver et n'est arrivé qu'à 16h30 !
Il me dit que nous aurions du mal à accepter le bruit, les portables en classe, la nourriture... Par contre, la relation aux profs est beaucoup plus détendue, moins hiérarchique et formelle.
Autre particularité de l'organisation de l'école : la formation des profs, ainsi que le travail d'équipe inter-écoles a lieu un jour par mois, et les enfants n'ont pas cours ce jour-là. Donc pas d'absences continuelles des profs pour stages.
J'ai hâte d'en savoir davantage !

La semaine dernière, j'ai rencontré Elsie qui m'avait tant aidée à trouver un logement, bien que nous ne nous connaissions pas. Je l'ai invitée à manger "à la maison", puis nous avons fait une balade au soleil dans Stanley park. Elle est vraiment adorable, m'a apporté de bons bouquins, un banc et tapis de méditation, de la confiture de cranberries, du vin fait maison (mélange de jus de raisin + activateur de fermentation... Interesting...). Nous l'avons bu le soir avec des copains canadiens qui nous ont apporté leur clé de voiture dont nous pourrons disposer jusqu'à leur retour de Nouvelle Zélande le 7 avril. La chance !
Tophe, lui, est tout contant d'aller au boulot à vélo, savoure le fait de pouvoir se concentrer sur ses articles sans être dérangé en permanence.
Et vous ? Comment allez-vous ? Et notre jolie France ? Nous voulons tout savoir !
Je regarde par la fenêtre, il neige encore, et je pense à vous. Les garçons m'ont chargée de vous embrasser très fort, aussi.



Domie




Episode 1

notre petit espace Zen

le lycée de Jean !

petite rue tranquille

downtown Vancouver




vue de notre balcon (montagnes en arrière plan à imaginer...)
Chers tous,

Enfin un peu d'espace pour vous envoyer des nouvelles de Vancouver !
Il nous aura fallu une bonne semaine pour prendre nos marques dans ce milieu ultra urbain auquel, ma foi, nous ne nous sommes pas mal habitués !

Alors voilà : après Mairé et sa campagne profonde, nous habitons maintenant au 10ème étage d'un immeuble du West End, c'est-à-dire le gai quartier gay, cosmopolite, très animé et alternatif du centre de Vancouver où se côtoient toutes les cultures, depuis ses représentants chinois, (C'est Vancouver qui accueille la plus grosse communauté asiatique, et en particulier chinoise, de toute l'Amérique du Nord.), indiens, syriens, pakistanais, mongols, italiens, français... Chacun y va donc de son petit restaurant, échoppe, magasin de tout et de rien, salon de massage... Difficile de se repérer dans ce mélange de modernisme et de bric-à-brac venu des 4 coins du monde. Ici, les immeubles ont poussé comme des champignons pour loger tant bien que mal tout ce petit peuple bigarré dont nous faisons partie pour 6 mois. Bref, nous ne sommes pas dans le quartier le plus luxueux de Vanvouver, et le côté bon enfant de West End nous convient.
De notre 2 pièces très clair grâce à ses grandes baies vitrées, nous apercevons vers le nord, en arrière plan, les montagnes proches de Vancouver - où nous espérons bien aller marcher ce WE, car nos amis Kathy et Lance nous prêtent une voiture pour nous y rendre -, et au premier plan une multitude d'immeubles qui nous éclairent la nuit et rivalisent de hauteur et de reflets métallisés. Vive les quelques arbres et plantes sur les balcons qui mettent un peu de douceur dans cet univers de béton  !

Ici, quartier pauvre ou riche, tout est CHER ! La communauté scientifique française que nous avons rencontrée hier à l'Alliance Française lors d'un café scientifique auquel était convié Xtophe nous l'a confirmé : Vancouver est devenue la ville la plus chère d'Amérique du Nord. Pas de bol ! D'ailleurs les Français qui continuent à percevoir leur salaire en France finissent par rentrer, ruinés par le logement, la scolarité des enfants, ou le coût de la vie en général. Nous voilà devenus des adeptes des magasins d'occasion, et là aussi, les prix sont incroyables ! Autant dire que notre appart est très basiquement et hétéroclitement meublé, en partie grâce à l'Armée du Salut (On ferait presque pitié!), et surtout nos copains sur place qui se sont décarcassés pour nous trouver l'essentiel. Ma foi, avec un joli bouquet de tulipes et 2 bougies, lorsque tout est éteint, que les lumières de la ville brillent, et avec beaucoup d'imagination, on se croirait presque dans un palais !
Ce WE, nous allons nous offrir le luxe de nous acheter 3 bons vélos d'occasion que nous emporterons aux Etats-Unis (Montana) en juillet pour un mois de rando itinérante. Ils serons notre principal moyen de locomotion à Vancouver et nous éviteront de prendre le bus en permanence.

Et les gens ? Eh bien dans l'ensemble, ils sont accueillants, détendus et souriants, et prêts à nous rendre service ou nous orienter spontanément dans la rue s'ils nous voient sortir notre plan. Enfin, pas trop les Asiatiques... (sans vouloir généraliser, car les employées du Vancouver Board of Education, par lequel nous sommes passés pour inscrire Jean à l'école, ont été extrêmement aimables.)

En parlant d'école, Jean a fait sa rentrée officielle aujourd'hui ! Je n'ai pas encore recueilli ses premières impressions car il n'est pas encore revenu de l'école.
1ère étape : mardi dernier, tests d'anglais et de maths :
Le premier a vite montré que les profs d'anglais en France ne valent vraiment rien, car il a été classé dans le niveau débutant, après 4 ans ½ d'anglais scolaire...
Le second a dû être repassé car sa calculatrice lui a posé problème, mais n'a finalement pas donné des résultats mirobolants (pas mieux, les profs de maths!)
2ème étape : rencontre avec l'école de Kitsilano : 1500 élèves de la 6ème à la Terminale, dont 112 étrangers. Ambiance ultra décontractée, des secrétaires qui nous reçoivent en buvant un thé ou décortiquant une orange tout en blaguant avec les copines, des salles de classes chargées de déco, portes ouvertes, élèves mâchouillant du chewing gum ou des chips, portables allumés sur les tables, écouteurs sur les oreilles... Un peu différent de chez nous !
Une conseillère responsable de l'intégration des étudiants étrangers nous reçoit dans un petit bureau bourré de photos et bibelots perso, remet à Jean un agenda sur lequel on peut lire à chaque page une des maximes du memento de l'élève : comment apprendre une leçon, réussir son test, s'organiser, qui appeler en cas de vague à l'âme... (je vais garder tout cela précieusement pour notre école!) Il reçoit ensuite des cadenas pour les casiers, et puis nous nous affairons à lui fabriquer un emploi du temps à la carte. Eh oui, pas de classe attitrée ici : un étudiant faible en maths reprend les bases avec des élèves de 13 ans, même s'il en a 18, avant d'aller retrouver les copains de sa classe d'âge en sport où il va faire des prouesses.
A partir du lycée, seules 4 matières sont obligatoires (anglais, maths, sciences sociales et orientation pour l'avenir), les autres sont des options qui vont des cours de cuisine, aux arts graphiques, sport d'équipe, leadership, joaillerie, travail du bois, théâtre, en passant par philo, français... Chaque élève a donc son propre emploi du temps... un vrai casse-tête pour ceux qui sont chargés de le mettre en place ! Il nous aura fallu 2 matinées pour en fabriquer un « sur mesure » pour Jean, sachant qu'étant le dernier arrivé, et que les classes ne devant pas excéder 25 élèves (!), que sa priorité étant l'anglais, il se retrouve avec 7 heures d'anglais langue étrangère par semaine, du sport d'équipe, des maths niveau 3ème, des arts graphiques et des cours de cuisine (chouette, il va pouvoir s'entraîner à la maison!!!).
Il a tous les jours à peu près les mêmes cours, sachant qu'un jour sur 2 l'emploi du temps est inversé, cad que le matin devient l'après-midi et vice versa. Vous n'avez pas tout compris ? C'est normal, il nous a fallu 2 demi-journées pour y arriver...
Après avoir pédalé 25 minutes le matin, il commencera à 8h30 par 20 minutes de « tutorial », cad possibilité de s'adresser à ses professeurs ou conseillers spécialement disponibles pour les élèves sur ce créneau pour leur demander conseil, parler des problèmes scolaires ou personnels... Il enchaînera par 1h15 de cours, puis 10 min de récré, puis 1h20 de cours, puis pique-nique transporté dans le sac et pris sur le pouce dans les couloirs, la rue, la pelouse..., puis à nouveau 1h15 de cours, pause et 1h20 de cours. Fin des cours à 15h08, et re 25 min de vélo pour rentrer.
Le tout dans une ambiance tout à fait détendue ! Ah oui, ici pas de surveillants, ni de barrières.
Il y a encore beaucoup de paramètres que je ne possède pas, dont le bilan final pour les étudiants canadiens, et j'aimerais en connaître davantage. C'est pourquoi j'ai fait une demande de travail volontaire au sein de l'école auprès du proviseur, et j'attends de voir ce qui sera possible, hormis la sempiternelle recherche de fonds organisée par l'association des parents d'élèves ultra investis ici.

Bon, désolée, le chapitre école est un peu long, mais il m'intéresse !

A part sillonner la ville à pied, en bus, en skytrain (parfois métro, parfois train aérien) pour visiter, faire les achats de base, trouver une bibliothèque où s'inscrire, des cours de yoga, trouver une bonne librairie (ça ne court pas les rues ici, et quand elle existe, elle vend aussi des meubles, ou de la vaisselle (?)), ou déguster des tartines de fromage français à l'Alliance Française, nous avons été invités à un repas indien chez des amis, nous avons fait le tour de l'immense parc de Stanley à 2 pas de chez nous, Xtophe a réparé son vélo qui a crevé en allant à la fac et au retour (il lui faut 40 min aller!), et il a travaillé tous les jours, le pauvre garçon, pendant que je m'occupe de la survie de la famille !

Voilà nos premières impressions. Tous les soirs en m'endormant au milieu des gratte-ciel, je pense à vous qui vous réveillez et vous envoie de tendres pensées.

Domie Xtophe Jean


mardi 4 mars 2014

Episode 3


totems Haidas






sculpture moderne



quilt réalisé par un Homme (grand H)

Depuis chez nous, il pleut...

ou il neige !

Jean aux JO


la plage enneigée


Elsie

vue de Vancouver depuis le Sud
Chers tous,

troisième épisode de notre chronique canadienne, pour ceux qui sont accro. Pour les autres, la corbeille est une autre option, voire « expéditeur indésirable ».

Commençons par les petits rien qui émaillent la vie et qui pourtant, ici, lui donnent sa tonalité de la semaine. Tous ces menus détails qui, à la maison, passent inaperçus ou sont instantanément oubliés, parce-qu'ils sont enfouis dans le quotidien. N'avez-vous pas l'impression que lorsqu'on vit, même peu de temps, dans un milieu qui n'est pas encore le sien, les yeux s'ouvrent plus grand, les oreilles sont plus alertes, tous les sens davantage en éveil ?

Premier coup de projecteur : une très vieille dame, toute fluette, beau visage calme, casquette rose, survêtement rose, assise toute seule par 3°C sur un banc, et posé sur son déambulateur, un écriteau : bully victim (victime de violences). Je passe avec mon sac-à-dos plein de courses, m'arrête, retourne sur mes pas et tends une pièce à la petite mamie. Je m'aperçois qu'elle est presque aveugle et lui parle. Pas de chance, la voilà aussi à moitié sourde ! Quand elle réalise que je l'ai prise pour une mendiante, elle éclate de rire et me dit qu'elle manifeste juste pour « bully day », et que, « comment ? Vous n'êtes pas au courant ? Tout le monde est habillé en rose aujourd'hui !». Zut, comme d'habitude, je n'ai pas lu le journal... Je m'excuse et papote un moment avec cette petite dame de 92 ans qui me confie qu'elle a elle-même subi des violences dans sa vie, mais qu'elle n'a pas envie d'en parler, et qu'il faut profiter de la vie, et encore plus lorsqu'on est vieux car elle nous file entre les mains. Elle m'a touchée, cette mamie. S'il m'arrive d'avoir un jour 92 ans, aurai-je envie d'aller manifester en déambulateur dans la rue, habillée tout en rose ?
Je suis encore étonnée par l'esprit de solidarité qui règne entre personnes d'un même quartier, comme en témoignent les multiples activités proposées à tous par des volontaires ou salariés de la ville : bricoler son vélo, dresser son chien, méditer, se retrouver entre gays, parler de sa dépression, marcher... Peut-être existe-t-il en ville des choses similaires en France, je n'en ai pas conscience.

Autre gros plan : nettoyer les vitres d'un gratte-ciel : Eh bien, il suffit de s'acheter une bonne corde d'escalade, un jumard, un seau et une raclette à vitres, aimer passer sa journée entière dehors, doucement se laisser glisser le long de la première rangée de vitres, et surtout, ne pas se désespérer devant l'ampleur de la tâche ! Dingue ! Nous sommes un peuple de fourmis dont la tâche n'est jamais achevée... Et comme de nouveaux gratte-ciel sortent de terre tous les jours... D'ailleurs, celui qui pousse devant notre immeuble aura tôt fait de nous cacher la partie la plus enneigée de la montagne. Pas de chance, il ne nous en reste plus qu'un tout petit bout, qui aura disparu dans une semaine... Il sera alors presque temps de déménager.
Car oui, d'ici le mois de mars, nous aurons migré à 2 blocs d'ici dans un appartement un peu plus grand que nous louent encore nos copines Ness et Eva (Pour les connaître, taper Ness Murby sur Google, et vous verrez que Ness est une athlète hors du commun qui, en tant qu'aveugle, s'entraîne pour les Paralympiques de Rio) qui préfèrent éviter l'expropriation (apparemment, la sous-location que nous avons signée avec elles n'est pas tout à fait légale). Nous perdrons en vue (snif, je m'étais habituée à m'endormir à la lueur des gratte-ciel, avec des scènes de vie en face de la nôtre...) mais gagnerons un peu en confort.

La ville a son charme (dont nous avons d'ailleurs profité hier en allant goûter la bière canadienne (bonne!) dans un pub en bas de chez nous pendant que Jean faisait du futsal. Pour ceux qui nous connaissent, voilà un événement exceptionnel !), certes, mais la montagne nous attire, et nous avons étrenné la vieille caisse automatique de nos copains pour aller faire du ski de fond samedi.
Le lendemain, temps pourri, et visite à vélo de Yaletown, ancien quartier de docks joliment restauré, avant de plonger dans l'univers si particulier de Chinatown. Comment imaginer que nous sommes encore à Vancouver ? C'est sûr, j'y retournerai sans mon vélo pour prendre le temps de humer le parfum (ou plutôt les odeurs !) du gingembre, poissons ou crevettes séchés, et autres aliments si différents de ceux que nous utilisons au quotidien. Nous nous sommes réchauffés dans un petit restaurant chinois archi bondé, c'était chouette.
Pendant que Jean retrouvait facilement son chemin jusqu'à « la maison », j'ai invité Tophe à venir faire du Yoga Ride dans le centre de yoga que je fréquente assidûment. Entendez par là une judicieuse combinaison entre yoga et vélo : tu pédales sur un vélo fixe, doucement, plus vite, encore plus vite, tu alternes, le cœur bat à fond la caisse, tu sues et ça coule partout (Tophe), et au bout de ¾ h tu fais quelques mouvements de « yoga » pour faire semblant que ça fait du bien, le tout sur une musique d'enfer. Je n'avais pas mis ça dans mon programme de yoga, j'avais bien fait ! Maintenant que je sais, je ne ferai plus ! On apprend avec l'expérience... Tophe préfère le vélo en plein air, bizarre.

Autre découverte : le ciné canadien : une odeur de friture qui vous prend à la gorge, des sacs de pop corn géants, des pubs à n'en plus finir, beaucoup de bruit (prendre les boules quiès la prochaine fois), un monceau de détritus à la fin de la séance, et un film que nous avons trouvé très moyen (Gloria). Mais une bonne ambiance avec des gens qui aiment bien parler aux voisins.

Ah oui, le book club : très rigolo. Je craignais de ne pas tout comprendre et me retrouver avec des intellectuelles sérieuses (en plus, je n'avais lu le bouquin qu'au tiers, ne l'ayant emprunté que quelques jours auparavant à la bibliothèque) : pas du tout ! 6 dames sportives pour la moitié, quelques considérations intéressantes sur le bouquin (quand même), du thé et du gâteau, et de bons fous rires ! J'ai passé le test et je suis invitée à y revenir (ouf!).

Et puis, je suis sollicitée pour donner des cours de français, et j'attends encore d'aller visiter des écoles canadiennes.

Et mes hommes ? Ils bossent ! Jean complète son cursus d'anglais avec sa maman adorée qui trouve que ses progrès tardent un peu, et tophe commence à rêver à notre bike trip dans le Montana. La route s'est bizarrement transformée en piste depuis notre dernière mise au point, pourvu que les montagnes ne prennent pas de la hauteur ou les 50 km journaliers n'en deviennent pas 100... Il ne me resterait plus qu'à me mettre au Yoga Ride, et là, je refuse !!!

Nous nous embrassons très très fort, et pensons à vous, famille, amis.

Domie Xtophe Jean