Bonjour à tous ! Comment aborder
l'épisode 5 ? Un peu comme les autres, au gré de l'humeur, du
temps, des nouvelles du moment, et de l'envie !
L'humeur, elle est aux vacances, (non
pas que j'en sois privée, d'ailleurs, cette année...) C'est notre
fiston qui souffle pendant 15 jours : finis les coups de fatigue
en rentrant de l'école, tout saturé qu'il est d'avoir entendu cette
langue barbare qui petit à petit fait son chemin dans les méandres
du cerveau.
Tophe quant à lui s'octroie quelques
jours par ci par là, le temps par exemple d'aller nous mette tous au
vert chez nos amis français à Salmon Arm, au centre de la Colombie
Britannique. Il nous aura fallu 5 heures pour les rejoindre dans leur
ferme qui surplombe par le Nord le lac Shuswap, du nom des Indiens
qui un jour en furent les principaux habitants.
Elle n'est pas commune, l'histoire de
Benoît et Syvie, venus s'installer dans les années 80 dans ce coin
perdu à l'époque, et qui, à force de courage, de persévérence et
d'ingéniosité ont établi leur vie entre les Coastal Ranges et les
Rocky Mountains. Mais si on observe un peu et on profite de la fête
locale pour discuter avec les gens, on s'aperçoit qu'ils ont été
nombreux, tous ces hippies ou objecteurs de conscience d'une époque,
à chercher une vie plus harmonieuse ici, par goût du vert, de
l'aventure, ou pour fuir la guerre du Vietnam. Aujourd'hui, cowboys à
visage buriné et marginaux à cheveux longs (et gris) se mélangent
lors de la Saint Patrick avec la population plus classique venue
petit à petit coloniser les bords du lac. Depuis ces dernières
années, le lac prête ses berges à la construction de villas de
vacances plus luxueuses destinées à accueillir en particulier les
riches exploitants de pétrole d'Alberta. Les prix ont grimpé, les
temps ont changé.
Avec son look français (?), Tophe a
été entrepris par des dames canadiennes d'un certain âge dont
l'une aurait dit de lui : « He looks very coherent. ».
Allez savoir ce que ça veut dire. D'ailleurs, étions-nous bien
« coherents » lorsque nous dansions le rock sur de la
musique irlandaise ? J'en doute.
Quel plaisir de retrouver la campagne,
profiter de la très chaleureuse compagnie de Benoît et Sylvie,
leurs animaux, assister la nuit sous la pleine lune à la naissance
des premiers agneaux de l'année, et marcher en raquettes dans la
neige. Le contraste avec Vancouver est étourdissant...
Semaine intéressante pour Tophe :
il a tout d'abord présenté son travail sur les mammifères marins
au collège français Cousteau, où il a trouvé les jeunes
particulièrement vifs et intéressés (L'espace de quelques heures,
il a même eu envie de devenir prof !), et il a assisté à une
conférence et une formation données à l'université par une
journaliste de CBC venue donner aux chercheurs les clés d'une bonne
communication scientifique auprès du grand public : annoncer
un plan cohérent (tiens donc, encore ce mot), utiliser un langage
clair, simple, mais tenir des propos d'un niveau élevé (ça n'est
pas parce que le langage est simple que les auditeurs sont idiots),
ne développer que quelques idées phares, étayées pour certaines
par des exemples précis, faire monter le suspense lorsqu'il s'agit
de donner les résultats d'une étude (et ne pas tout dire tout de
suite !), émailler ses propos de quelques mini-silences pour laisser
respirer l'auditoire, privilégier l'inter activité avec les
auditeurs en leur laissant l'espace pour poser quelques questions.
J'ai dû oublier des choses, que Xtophe se chargera de rajouter au
prochain épisode.
Moi, je pense que les Anglo-Saxons sont
très forts à l'oral. Ils y sont d'ailleurs entraînés à l'école
dès leur plus jeune âge, et le contraste est flagrante entre les
petits Français et les petits Canadiens, beaucoup plus à l'aise.
Cette différence d'approche et de
technique est très notable lorsque l'on écoute la radio : j'ai
plaisir à écouter CBC qui propose des émissions de qualité
destinées à tous, et en particulier à la mosaique d'étrangers
installés au Canada. Cette radio joue pleinement le rôle qu'elle
s'est assigné : celui d'aider chacun à s'intégrer au mieux
dans cette culture à 1000 facettes et pourtant commune à tous ceux
qui ont choisi de rester ici. Finis les discours pontifiants qui
agacent ou font se sentir bête...
A vous qui en avez assez d'entendre
parler d'école, l'épisode 5 peut s'arrêter ici.
A vous qui êtes en recherche d'idées
nouvelles ou tout simplement curieux du fonctionnement d'ailleurs,
prenez une grande respiration avant de plonger dans l'univers de
l'école canadienne ! Sylvie qui a été prof de français en
Colombie Britannique pendant 20 ans a patiemment répondu à toutes
mes questions, et voilà ce que j'ai retenu :
Les profs candiens ont 20h de cours
effectifs par semaine, plus 5 heures comprenant le repas (40
minutes), les réunions, surveillances des récréation, aide
individualisée, et autres obligations de présence, pour un salaire
à peu près similaire au nôtre.
Presque tous sont bivalents et
bénéficient d'une sécurité de l'emploi.
Leur formation est basée aussi bien
sur la théorie que la pratique : pendant un an, ils sont
stagiaires dans des établissements, et montent avec un prof référent
des séquences qu'ils expérimentent ensuite auprès de classes
qu'ils connaissent pour les avoir déjà observées.
Ils ne sont jamais inspectés au cours
de leur carrière.
Ils animent 4 heures de cours par jour,
5 jours sur 7 et terminent leurs cours à 15h.
Ils disposent d'une journée de
formation par mois, journée pendant laquelle les élèves restent
chez eux. S'ils ont demandé une formation d'établissement car ont
constaté par exemple des besoins particuliers chez les élèves
(ex : apprendre à se concentrer, savoir mieux lire les
énoncées, apprendre à développer davantage le cerveau gauche,
s'exprimer correctement à l'oral...), tout le personnel est tenu de
faire la formation sur une journée et mettre en place en équipe,
chacun dans sa discipline, une activité en relation avec la
formation. Si ce projet donne de bons résultats au bout de quelques
mois, il est reconduit, amélioré, sinon, il est abandonné.
Il existe un éducateur spécialisé
ainsi qu'un psychologue scolaire par établissement.
Si les profs sont absents, ils sont
aussitôt remplacés par un prof remplaçant qui a reçu la même
formation qu'eux et est payé de la même façon.
Tous les personnels peuvent planifier
sur plusieurs années une année sabbatique, c'est à dire qu'ils
décident par exemple de travailler à plein temps pendant 4 ans en
touchant 75% de leur salaire, et ainsi être payés de la même façon
pendant la 5ème année qu'ils choisissent de passer autrement. Ainsi
beaucoup de personnes arrivent plus facilement à se recycler,
changer de travail, ou voir ailleurs ce qui se passe.
L'année scolaire est découpée en 2
semestres. Le 1er semestre, les élèves choisissent 4 matières
qu'ils suivront tous les jours pendant toute la durée du semestre.
Jusqu'en 3ème, les matières leur sont
imposées. A partir de la seconde, seuls sciences, anglais, histoire
géo sont obligatoires. En fin de seconde, ils peuvent laisser tomber
les sciences qu'ils ont validées par un examen pour le bac. En 1ère,
ils gardent obligatoirement l'histoire géo (validée pour le bac en
fin de 1ère) et l'anglais. En Terminale, il ne leur reste plus que
l'anglais comme matière obligatoire. Ce qui veut dire que toutes les
autres matières sont facultatives, donc elles relèvent du choix de
l'élève. La motivation est donc bien évidemment très différente.
Le 2ème semestre, ils choissisent 4
autres matières, ce qui veut aussi dire qu'un élève peut faire du
français par exemple de manière intensive pendant 6 mois (4h par
semaine) et ne plus en faire pendant les 6 mois qui suivent, pour
ensuite le reprendre dans la classe supérieure. (!) Avis du prof
concerné qui a testé 2 façons de faire : il est plus
efficace de mettre les élèves en mini immersion 1 semestre dans la
langue, établir un contact serré avec eux, mettre sur pied des
projets ambitieux que de les voir toute l'année, mais seulement 2h
par semaine, en les chargeant en travail personnel pour éviter
qu'ils oublient tout d'une fois sur l'autre. En général, les élèves
choisissent tout de même de garder d'un semestre à l'autre la
langue qu'ils ont choisi d'apprendre.
Ici, on n'empile pas les matières, et
il est fréquent d'abandonner une langue qu'on a apprise au collège
au profit d'une matière qui plaît davantage au lycée.
Les élèves qui auront choisi de faire
de l'art plastique pendant 1 semestre considèreront la matière tout
aussi importante que n'importe quelle autre car elle comptera autant,
et sutout, ils l'auront choisie.
Le régime est un peu différent pour
le sport et la musique : les profs de ces disciplines gardent
les mêmes élèves toute l'année à raison de 2h par semaine pour
éviter de solliciter le corps 4 h par semaine.
Le but principal de l'école est
d'amener les individus à se développer personnellement, quel que
soit leur niveau, et non pas d'acquérir le maximum de connaissances
dans le maximum de disciplines. On ne privilégie pas l'acquisition
d'une culture générale, mais la capacité à évoluer dans les
disciplines choisies, voire s'adapeter à de nouveaux savoir-faire.
La compétition entre élèves n'est
pas favorisée, mais plutôt la collaboration autour de projets
communs, qui obligent les élèves à travailler en groupes.
Les classes n'excèdent pas 30 élèves
par classe, et les profs n'ont pas plus de 4 classes en tout. Ils
connaissent bien leurs élèves qu'ils voient tous les jours. Et
c'est parce qu'ils leur enseignent tous les jours qu'ils leur donnent
très peu de devoirs.
Si une matière est choisie par trop
peu d'élèves, le prof est invité à enseigner davantage son autre
matière, voire, s'il est monovalent, se former dans une autre
matière ou assumer un rôle à la bibliothèque ou autre.
Si un élève pse problème, une
réunion d'équipe a lieu immédiatement. L'élève, puis les parents
sont convoqués. Il n'est pas rare pour un prof de laisser une classe
en autonomie pour aller discuter avec un élève envoyé chez le
principal à cause d'un comportement inadéquat. Les exclusions
existent mais sont rares car les établissements reçoivent des
subventions en fonction du nombre d'élèves.
Si un élève ne suit pas en primaire,
il a la possibilité de redoubler une seule fois. S'il ne suit pas
dans une matière à partir du collège, il ne redouble que dans la
ou les matières qui lui posent problème, et se retrouve donc avec
des élèves plus jeunes que lui, bons ou moins bons.
Ceci est le fonctionnement d'un lycée
précis de Colombie Britannique. Il semblerait que les établissements
aient une autonomie assez importante. Chaque province du Canada a
aussi son propre fonctionnement. Seuls les programmes d'immersion ou
destinés aux First Nations relèvent d'un fonctionnement fédéral.
Les Indiens défavorisés peuvent bénéficier d'un suivi post
scolaire assuré par les profs volontaires. En général, les filles
de chefs réussissent mieux que les garçons.
Voilà en vrac toutes les réponses à
mes questions. Il en existe bien d'autres qui m'ont été aussi
suggérées par les amis et collègues qui réagissent par mail à
mes petites chroniques. Il semblerait que collègues profs et parents
d'enfants d'âge scolaire se posent bien des questions à propos de
l'école en France.
J'ai hâte de mettre une réalité sur
tous ces propos qui pour l'instant restent très théoriques. Dès le
retour des vacances, je suis invitée à assister à un cours
d'anglais au collège français Cousteau, et de là à des cours de
français langue étrangère dans d'autres établissements scolaires.
Je verrai ainsi de mes propres yeux s'il est si important d'interdire
les portables ou la nourriture en classe, dans quelle mesure la
relation de respect au professeur passe par l'autorité, comment sont
gérés les travaux de groupe lorsque les élèves sont jeunes,
etc..., et je continuerai à vous casser les pieds ! (A ceux qui
ont le courage de lire jusqu'au bout, s'entend.)
J – 7 avant le départ de Xtophe pour
3 semaines (France, Ecosse), J- 10 avant notre déménagement vers un
lieu moins élevé.
Il fait un temps magnifique, je rentre
d'une leçon de français au Lighthouse Park (N O de Vancouver)
donnée à Elsie face à la mer, et en écrivant, je profite encore
de la vue sur les montagnes...
Vos nouvelles nous font toujours chaud
au cœur.
Domie Xtophe Jean
| la très jolie maison de Benoît et Sylvie faite main |
| Basile, qui nous a rapprochés de notre Zen |
| Benoît et sa nouvelle maison en cours |
| la jolie Sylvie |
| la tour qui ne cesse de monter et nous cacher la montagne enneigée |
| pique-nique et cours de français au Lighthouse park |