mardi 4 mars 2014

Episode 3


totems Haidas






sculpture moderne



quilt réalisé par un Homme (grand H)

Depuis chez nous, il pleut...

ou il neige !

Jean aux JO


la plage enneigée


Elsie

vue de Vancouver depuis le Sud
Chers tous,

troisième épisode de notre chronique canadienne, pour ceux qui sont accro. Pour les autres, la corbeille est une autre option, voire « expéditeur indésirable ».

Commençons par les petits rien qui émaillent la vie et qui pourtant, ici, lui donnent sa tonalité de la semaine. Tous ces menus détails qui, à la maison, passent inaperçus ou sont instantanément oubliés, parce-qu'ils sont enfouis dans le quotidien. N'avez-vous pas l'impression que lorsqu'on vit, même peu de temps, dans un milieu qui n'est pas encore le sien, les yeux s'ouvrent plus grand, les oreilles sont plus alertes, tous les sens davantage en éveil ?

Premier coup de projecteur : une très vieille dame, toute fluette, beau visage calme, casquette rose, survêtement rose, assise toute seule par 3°C sur un banc, et posé sur son déambulateur, un écriteau : bully victim (victime de violences). Je passe avec mon sac-à-dos plein de courses, m'arrête, retourne sur mes pas et tends une pièce à la petite mamie. Je m'aperçois qu'elle est presque aveugle et lui parle. Pas de chance, la voilà aussi à moitié sourde ! Quand elle réalise que je l'ai prise pour une mendiante, elle éclate de rire et me dit qu'elle manifeste juste pour « bully day », et que, « comment ? Vous n'êtes pas au courant ? Tout le monde est habillé en rose aujourd'hui !». Zut, comme d'habitude, je n'ai pas lu le journal... Je m'excuse et papote un moment avec cette petite dame de 92 ans qui me confie qu'elle a elle-même subi des violences dans sa vie, mais qu'elle n'a pas envie d'en parler, et qu'il faut profiter de la vie, et encore plus lorsqu'on est vieux car elle nous file entre les mains. Elle m'a touchée, cette mamie. S'il m'arrive d'avoir un jour 92 ans, aurai-je envie d'aller manifester en déambulateur dans la rue, habillée tout en rose ?
Je suis encore étonnée par l'esprit de solidarité qui règne entre personnes d'un même quartier, comme en témoignent les multiples activités proposées à tous par des volontaires ou salariés de la ville : bricoler son vélo, dresser son chien, méditer, se retrouver entre gays, parler de sa dépression, marcher... Peut-être existe-t-il en ville des choses similaires en France, je n'en ai pas conscience.

Autre gros plan : nettoyer les vitres d'un gratte-ciel : Eh bien, il suffit de s'acheter une bonne corde d'escalade, un jumard, un seau et une raclette à vitres, aimer passer sa journée entière dehors, doucement se laisser glisser le long de la première rangée de vitres, et surtout, ne pas se désespérer devant l'ampleur de la tâche ! Dingue ! Nous sommes un peuple de fourmis dont la tâche n'est jamais achevée... Et comme de nouveaux gratte-ciel sortent de terre tous les jours... D'ailleurs, celui qui pousse devant notre immeuble aura tôt fait de nous cacher la partie la plus enneigée de la montagne. Pas de chance, il ne nous en reste plus qu'un tout petit bout, qui aura disparu dans une semaine... Il sera alors presque temps de déménager.
Car oui, d'ici le mois de mars, nous aurons migré à 2 blocs d'ici dans un appartement un peu plus grand que nous louent encore nos copines Ness et Eva (Pour les connaître, taper Ness Murby sur Google, et vous verrez que Ness est une athlète hors du commun qui, en tant qu'aveugle, s'entraîne pour les Paralympiques de Rio) qui préfèrent éviter l'expropriation (apparemment, la sous-location que nous avons signée avec elles n'est pas tout à fait légale). Nous perdrons en vue (snif, je m'étais habituée à m'endormir à la lueur des gratte-ciel, avec des scènes de vie en face de la nôtre...) mais gagnerons un peu en confort.

La ville a son charme (dont nous avons d'ailleurs profité hier en allant goûter la bière canadienne (bonne!) dans un pub en bas de chez nous pendant que Jean faisait du futsal. Pour ceux qui nous connaissent, voilà un événement exceptionnel !), certes, mais la montagne nous attire, et nous avons étrenné la vieille caisse automatique de nos copains pour aller faire du ski de fond samedi.
Le lendemain, temps pourri, et visite à vélo de Yaletown, ancien quartier de docks joliment restauré, avant de plonger dans l'univers si particulier de Chinatown. Comment imaginer que nous sommes encore à Vancouver ? C'est sûr, j'y retournerai sans mon vélo pour prendre le temps de humer le parfum (ou plutôt les odeurs !) du gingembre, poissons ou crevettes séchés, et autres aliments si différents de ceux que nous utilisons au quotidien. Nous nous sommes réchauffés dans un petit restaurant chinois archi bondé, c'était chouette.
Pendant que Jean retrouvait facilement son chemin jusqu'à « la maison », j'ai invité Tophe à venir faire du Yoga Ride dans le centre de yoga que je fréquente assidûment. Entendez par là une judicieuse combinaison entre yoga et vélo : tu pédales sur un vélo fixe, doucement, plus vite, encore plus vite, tu alternes, le cœur bat à fond la caisse, tu sues et ça coule partout (Tophe), et au bout de ¾ h tu fais quelques mouvements de « yoga » pour faire semblant que ça fait du bien, le tout sur une musique d'enfer. Je n'avais pas mis ça dans mon programme de yoga, j'avais bien fait ! Maintenant que je sais, je ne ferai plus ! On apprend avec l'expérience... Tophe préfère le vélo en plein air, bizarre.

Autre découverte : le ciné canadien : une odeur de friture qui vous prend à la gorge, des sacs de pop corn géants, des pubs à n'en plus finir, beaucoup de bruit (prendre les boules quiès la prochaine fois), un monceau de détritus à la fin de la séance, et un film que nous avons trouvé très moyen (Gloria). Mais une bonne ambiance avec des gens qui aiment bien parler aux voisins.

Ah oui, le book club : très rigolo. Je craignais de ne pas tout comprendre et me retrouver avec des intellectuelles sérieuses (en plus, je n'avais lu le bouquin qu'au tiers, ne l'ayant emprunté que quelques jours auparavant à la bibliothèque) : pas du tout ! 6 dames sportives pour la moitié, quelques considérations intéressantes sur le bouquin (quand même), du thé et du gâteau, et de bons fous rires ! J'ai passé le test et je suis invitée à y revenir (ouf!).

Et puis, je suis sollicitée pour donner des cours de français, et j'attends encore d'aller visiter des écoles canadiennes.

Et mes hommes ? Ils bossent ! Jean complète son cursus d'anglais avec sa maman adorée qui trouve que ses progrès tardent un peu, et tophe commence à rêver à notre bike trip dans le Montana. La route s'est bizarrement transformée en piste depuis notre dernière mise au point, pourvu que les montagnes ne prennent pas de la hauteur ou les 50 km journaliers n'en deviennent pas 100... Il ne me resterait plus qu'à me mettre au Yoga Ride, et là, je refuse !!!

Nous nous embrassons très très fort, et pensons à vous, famille, amis.

Domie Xtophe Jean

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