Vous l'attendiez ?
Vraiment ? Eh bien, le voici, le 8ème et dernier épisode de
notre chronique canadienne !
Et pourquoi le dernier,
me demandent certains ? Nous ne rentrons pas demain, la vie
continue ici au Canada, mais voilà que les semaines à venir vont
nous amener à nous consacrer à d'autres activités que l'écriture :
- Xtophe est revenu de
France et continue à passer le plus clair de son temps entre
l'Aquarium et la fac. Il a troqué son pantalon contre un short de
vélo qui laisse voir ses jambes musclées lorsqu'il tente de battre
son propre record de vitesse le matin et le soir pour aller ou
rentrer du boulot. Il paraît qu'il faut s'entraîner pour aller
rouler le long du Great Divide entre Glacier National Park (Montana)
et Yellow Stone (Wyoming) en juillet... Pourtant, il m'a bien dit que
je n'avais pas de souci à me faire, que vraiment, le dénivelé
n'était pas démentiel. Pourtant, c'est bien dans les Rocheuses,
non ? Ce matin, j'ai lu attentivement le topo et les cartes
qu'il a commandées... Hum ! Je vais devoir me méfier... En
plus, on campe tout du long et c'est truffé de grizzlys... Je compte
sur notre Anna qui va venir nous rejoindre (quel bonheur !) pour
m'aider à mettre un peu de douceur dans ce projet très guinesque.
- Jean s'épanouit avec
le soleil de plus en plus fréquent sous nos latitudes. Peu de
commentaires sur sa vie d'écolier qui, de l'extérieur, semble le
satisfaire. J'en saurai plus dans 2 semaines après un RDV avec le
professeur responsable.
Il a décrété qu'il
n'avait pas besoin d'entraînement vélo pour cet été. Que
pouvons-nous dire lorsqu'il nous double allègrement dans les
montées... ?
- Après avoir consacré
beaucoup de temps à la visite de divers lycées au cours de ces 3
dernières semaines, je retrouve mon rythme de croisière avec, en
plus des cadeaux qu'offre la ville de Vancouver (toujours, je ne m'en
lasse pas), vélo (pas trop!) et yoga quotidiens. C'est la condition
pour d'ici le 20 mai, intégrer la formation intensive de yoga dans
laquelle j'ai décidé de me lancer : 5 semaines, 5 jours par
semaine, 9h30 17h. Au programme : méditation, histoire et
philosophie (simplifiées) du yoga, les bases d'anatomie, révision
de toutes les postures de base et techniques d'enseignement, + du
travail personnel. Nous sommes 20 à nous être inscrits à cette
formation après avoir passé un entretien, et les 2/3 ont moins de
30 ans. Alors, bien sûr, je stresse un peu... Mais qu'ai-je à
perdre ? Et voilà qui me permettra de vivre de l'intérieur la
pédagogie canadienne !
Tiens, justement,
venons-en, à cette manière d'enseigner en Colombie Britannique (le
système scolaire n'est pas fédéral) si différente de celle que
nous connaissons en France. J'ai été très chaleureusement
accueillie par des collègues dans 5 écoles bien différentes :
Kitsilano, lycée qui fut
avant-gardiste quand il a été créé par les 1ers habitants,
alternatifs, du quartier, avant que les prix de l'immobilier grimpent
en flèche, et que les jolies maisons attirent une population plus
classique. Les parents sont encore particulièrement impliqués dans
le fonctionnement de l'école. Classes de 3e et 1ère d'immersion.
Delta, au sud de la
Fraser River, à plus d'1h en bus de Vancouver. Quartier plutôt
populaire où résident les gens qui n'ont pas les moyens de se loger
plus près. 2 classes d'anglais langue d'apprentissage (ELL), tous
les élèves, de 13 ans à 17 ans, sont d'origine asiatique.
Ecole Française
Internationale, au nord de Vancouver, qui accueille des élèves
parlant couramment le français, du CP à la 3ème.
Mac Nair, lycée implanté
à Richmond, le riche quartier chinois du sud de Vancouver. L'école
accueille 60 % d'immigrants (et non pas immigrés, chercher la
différence dans le dictionnaire, il en existe une, subtile, à me
renvoyer dans vos commentaires !). 2 classes d'ELL, élèves de
niveau 3e et 1ère.
Face à l'afflux massif
d'immigrants qui continue encore de nos jours, l'école a dû
s'adapter et se réinventer pour intégrer au plus vite tous ces
jeunes issus de cultures si différentes. Et, ma foi, elle y parvient
plutôt bien : les jeunes disent se sentir à l'aise dans ce
système très ouvert par rapport à celui qu'ils ont connu en Chine
ou ailleurs, valorisant, non pas basé sur les notes mais sur la
capacité de chacun à progresser, quel que soit son niveau de
départ. Au bout de 2 ans, plus pour certains à qui l'on donne
davantage de temps d'adaptation, ils n'ont plus besoin des classes
d'ELL et suivent une scolarité normale avec les autres Canadiens.
Les secrets (d'après ce
que j'ai vu, mais je suis bien loin d'avoir fait le tour de la
question) de ce succès ?
- Les petits effectifs
(les classes d'ELL n'excèdent pas 20 élèves, ni d'ailleurs celles
de français ou d'anglais en immersion ou Ecole Française (7 élèves
dans une des classes observées !))
- L'importance
d'apprendre vite une langue qu'on utilise dans son quotidien
(anglais), ou en tout cas très présente au Canada (français).
- les journées courtes :
l'école finit à 15 h, et les vacances sont moins nombreuses.
- La longueur des cours
(75 min), qui donnent la possibilité de mener à bien des projets.
- La non multiplicité
des cours quotidiens (4 blocks), et donc le suivi des élèves par un
prof 4h par semaine.
- Le choix qui est donné
aux élèves d'abandonner des matières qui ne leur plaisent pas à
partir de la 2nd (sauf l'anglais, obligatoire jusqu'en
Terminale, les maths et l'Histoire Géo jusqu'en 1ère).
- L'accueil, et la
volonté exprimée de mélanger et valoriser les cultures. (Ceci n'a
bien sûr pas toujours été le cas, comme en témoigne l'histoire
des Aborigènes.)
- La formation solide des
profs, très encadrés par plusieurs profs expérimentés pendant 1
an, et l'obligation qu'ont beaucoup d'assurer des remplacements et
faire leurs preuves au début de leur carrière, voire d'avoir un
petit boulot à côté avant d'avoir un poste fixe. La formation
continue et le travail d'équipe se poursuivent ensuite tout au long
de la carrière grâce à des journées mensuelles où les élèves
restent chez eux.
- La bivalence des profs,
qui rend le système -et les gens!- beaucoup plus souples.
- Le remplacement
systématique des profs absents grâce à un volet conséquent de
jeunes profs en début de carrière, et l'obligation qui est faite au
prof qui confie sa classe de laisser son programme et des consignes
précises au remplaçant. A ce propos, j'ai aussi appris que le prof
qui sature et a besoin de prendre une semaine pour souffler peut
faire la demande d'un congé sans solde, et être remplacé aussitôt.
- L'implication et la
confiance des parents.
- La pédagogie, basée
sur la valorisation de l'élève et le travail de groupe autour de
projets.
En matière d'innovation
pédagogique, je n'ai rien vu de marquant. J'ai juste noté un grand
pragmatisme dans le choix des projets, la façon de les présenter
(importance et temps consacré à donner les consignes qui guident
les élèves vers la tâche à accomplir par exemple), la volonté
de s'adresser à tous les élèves, quelle que soit leur façon
d'apprendre, qu'ils soient auditifs, visuels, kinesthésiques,
capables de s'exprimer par le dessin, la musique, le sport...
Les initiatives
artistiques, culturelles, humanitaires sont particulièrement
encouragées au sein des écoles, sous la forme de clubs, groupes de
musique, théâtre...
J'ai été très marquée
par le respect mutuel, le manque de stress, et le temps consacré à
chacun.
Tiens, rigolo : J'ai
même vu 2 profs, non aveugles, qui avaient amené leurs chiens
d'aveugle en cours pour en parfaire le dressage. C'est peut-être
aussi possible en France dans ce cas précis, je n'en sais rien.
Bon, c'est vrai, si je
dresse un portrait plutôt idéalisé du système scolaire de BC,
c'est bien parce-que je rêverais de venir y enseigner un an en école
d'immersion, et que je sais que je n'aurais aucun mal à trouver un
poste...
C'est aussi parce-que je
me suis contentée d'observer des classes de langue, et que la
réalité est sans doute un peu différente en cours de Maths,
Hist-Géo, Anglais langue maternelle, où les effectifs vont jusqu'à
30, et où la motivation n'est peut-être pas égale chez tous les
élèves .
L'envers du décor, c'est
le manque de culture générale au bout de la scolarité (mais ne
retrouve-t-on pas maintenant la même chose en France, chez nos
jeunes qui ont très tôt rencontré des difficultés à l'école et
que l'on retrouve si désabusés en Terminale?).
C'est aussi l'attitude
désinvolte de ceux qui mangent en classe, pianotent sur leur
portable pendant le cours, n'écoutent pas les consignes. Il y en a,
certes, mais curieusement, ça ne nuit pas à l'ambiance générale
de la classe, qui est plutôt dans l'accomplissement, à plusieurs
souvent, des tâches proposées.
Le mythe du Chinois
studieux, discipliné et attentif est dépassé : jeans troués,
chewing gums et tenues provocantes sont de mise ici comme partout, et
si certains, les filles pour la plupart, réussissent mieux, il n'en
est pas de même pour tous, et j'ai pu rencontrer, comme partout, de
sacrés loulous.
Notre amie Monique,
chercheur dans le département de langue et
littératie en éducation à l'Université de Colombie
Britannique, qui a eu la gentillesse, par l'intermédiaire de ses
connaissances de m'introduire auprès de tous les collègues qui
m'ont accueillie dans leurs classes, m'a expliqué les 5 systèmes
qui existent au Canada pour apprendre le français (cf épisode 7).
Il semblerait que la façon dont nous enseignons les langues en
France ressemble à ce qui ici s'appelle Français de Base, et qui
donne des résultats très médiocres.
J'en apprendrai sans
doute encore plus au symposium intitulé « intercultural
Research, : Looking Back, Looking Forward » du 9 mai, qui
a lieu à la fac, et auquel je me suis inscrite pour boucler mon
petit tour d'horizon sur l'enseignement au Canada.
La suite de l'histoire
sera plutôt visuelle, avec peut-être des photos déposées ici ou
là au gré de nos découvertes, comme celle de l'île de Saturna, où
Tophe -et nous par la même occasion;-)))- sommes invités à un
weekend intitulé Adventures with Orcas in the North Pacific.
Et peut-être Tophe
ramènera-t-il quelques belles photos de son escapade de 10 jours
début juin du côté de Bella Coola où il va aller travailler sur
les orques avec son ami chercheur de longue date, Lance.
Et voilà, la boucle est
bouclée ! Merci à ceux qui m'ont encouragée à poursuivre le
blog, et les autres qui ont eu la patience de me lire !
Et surtout, savourez le
printemps !
Domie Xtophe Jean
Génial ton blog Domie! Il faut qu'on se voie quand vous rentrerez, j'aimerais parler avec toi de votre aventure canadienne et de nos projets. Bisous
RépondreSupprimerMerci Natacha,. Avec plaisir !
RépondreSupprimerImmigrant ou immigré ?
RépondreSupprimerPublié le décembre 20, 2010 par Corinne Béguerie
Cela fait un certain temps que je m’interroge sur la différence entre les mots immigrants et immigrés. En Europe, et notamment en France, on appelle les personnes nées hors du pays, ayant une autre nationalité et venues s’installer sur le territoire, des immigrés. Au Canada, et particulièrement au Québec, on utilise le mot immigrant.
Au premier abord, le mot immigrant fait référence à un processus en cours, alors que le mot immigré définit une situation terminée. Pourquoi alors appelle-t-on les personnes ayant immigré au Canada des immigrants ? Ils ont quitté leur pays, leur processus migratoire est terminé, ils sont installés. Et pourquoi ai-je l’impression que le mot immigré en France a une connotation péjorative alors que je n’ai pas cette impression avec le mot immigrant au Canada ?
Je suis donc allée voir dans les dictionnaires pour savoir ce que l’on en dit.
Côté français, pour le Petit Larousse illustré de 2007, l’immigrant est celui « qui immigre, qui vient s’installer dans un pays étranger au sien », alors que l’immigré est celui « qui a immigré ». On retrouve donc ici la référence au processus et à l’action terminée. Pour le Robert de poche plus 2011, la définition de l’immigrant est la même que celle du Larousse : « personne qui immigre dans un pays ». Par contre, la définition de l’immigré est nettement plus poussée : « qui est venu de l’étranger, souvent d’un pays peu développé et qui vit dans un pays industrialisé ».
Côté québécois, dans le Multidictionnaire de la langue française 2002, l’immigrant est défini de la même manière que dans les deux précédents ouvrages cités : « personne entrant dans un pays étranger pour s’y établir », avec l’utilisation du verbe entrer que l’on n’avait pas du côté français, mais toujours avec l’idée d’un processus en cours. L’immigré est défini comme la personne « qui vient habiter un nouveau pays après avoir quitté le sien », c’est donc une action terminée. Pour finir, je suis allée voir les définitions du Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, et là, on change de domaine. L’immigrant est une « personne n’ayant pas encore acquis la citoyenneté canadienne, mais ayant obtenu le droit d’établissement au Canada, un résident permanent. » On est dans une définition strictement juridique. Ne cherchez pas de définition de l’immigré, il n’y en a pas.
Cela ne répond pas exactement à la question, mais illustre bien le propos selon que l’on se place dans un contexte français ou québécois. Je ne généraliserais pas à partir de quelques définitions, car il faudrait pour cela faire des recherches bien plus poussées dans les encyclopédies sur l’origine de ces deux mots, l’influence de l’histoire, l’usage, la sémantique, les traductions dans d’autres langues, etc. Mais je trouve fort intéressant d’opposer ces deux mots qui correspondent bien à deux réalités différentes en fonction du côté de l’océan où l’on se trouve. Et j’aimerais susciter la réflexion à ce sujet.
Si j’ai la chance d’avoir quelques lecteurs qui veulent participer à la discussion, j’aimerais connaître leur avis sur la question. N’hésitez pas à partager des expériences, des anecdotes, des histoires vécues.
Je savais bien que mon papa ne résisterait pas à l'envie d'en savoir plus ! Merci.
RépondreSupprimerBien sûr! Je t'embrasse bien fort.
Supprimer... quoique, en bon français, immigrant est celui qui est en train d'immigrer (participe présent), immigré est celui qui a déjà immigré (participe passé) A signaler à nos amis canadiens qui sont plutôt puristes en ce qui concerne l'héritage de la langue.
RépondreSupprimerBises.