mercredi 30 avril 2014

Episode 8... et fin !

Vous l'attendiez ? Vraiment ? Eh bien, le voici, le 8ème et dernier épisode de notre chronique canadienne !
Et pourquoi le dernier, me demandent certains ? Nous ne rentrons pas demain, la vie continue ici au Canada, mais voilà que les semaines à venir vont nous amener à nous consacrer à d'autres activités que l'écriture :

- Xtophe est revenu de France et continue à passer le plus clair de son temps entre l'Aquarium et la fac. Il a troqué son pantalon contre un short de vélo qui laisse voir ses jambes musclées lorsqu'il tente de battre son propre record de vitesse le matin et le soir pour aller ou rentrer du boulot. Il paraît qu'il faut s'entraîner pour aller rouler le long du Great Divide entre Glacier National Park (Montana) et Yellow Stone (Wyoming) en juillet... Pourtant, il m'a bien dit que je n'avais pas de souci à me faire, que vraiment, le dénivelé n'était pas démentiel. Pourtant, c'est bien dans les Rocheuses, non ? Ce matin, j'ai lu attentivement le topo et les cartes qu'il a commandées... Hum ! Je vais devoir me méfier... En plus, on campe tout du long et c'est truffé de grizzlys... Je compte sur notre Anna qui va venir nous rejoindre (quel bonheur !) pour m'aider à mettre un peu de douceur dans ce projet très guinesque.

- Jean s'épanouit avec le soleil de plus en plus fréquent sous nos latitudes. Peu de commentaires sur sa vie d'écolier qui, de l'extérieur, semble le satisfaire. J'en saurai plus dans 2 semaines après un RDV avec le professeur responsable.
Il a décrété qu'il n'avait pas besoin d'entraînement vélo pour cet été. Que pouvons-nous dire lorsqu'il nous double allègrement dans les montées... ?

- Après avoir consacré beaucoup de temps à la visite de divers lycées au cours de ces 3 dernières semaines, je retrouve mon rythme de croisière avec, en plus des cadeaux qu'offre la ville de Vancouver (toujours, je ne m'en lasse pas), vélo (pas trop!) et yoga quotidiens. C'est la condition pour d'ici le 20 mai, intégrer la formation intensive de yoga dans laquelle j'ai décidé de me lancer : 5 semaines, 5 jours par semaine, 9h30 17h. Au programme : méditation, histoire et philosophie (simplifiées) du yoga, les bases d'anatomie, révision de toutes les postures de base et techniques d'enseignement, + du travail personnel. Nous sommes 20 à nous être inscrits à cette formation après avoir passé un entretien, et les 2/3 ont moins de 30 ans. Alors, bien sûr, je stresse un peu... Mais qu'ai-je à perdre ? Et voilà qui me permettra de vivre de l'intérieur la pédagogie canadienne !

Tiens, justement, venons-en, à cette manière d'enseigner en Colombie Britannique (le système scolaire n'est pas fédéral) si différente de celle que nous connaissons en France. J'ai été très chaleureusement accueillie par des collègues dans 5 écoles bien différentes :
Kitsilano, lycée qui fut avant-gardiste quand il a été créé par les 1ers habitants, alternatifs, du quartier, avant que les prix de l'immobilier grimpent en flèche, et que les jolies maisons attirent une population plus classique. Les parents sont encore particulièrement impliqués dans le fonctionnement de l'école. Classes de 3e et 1ère d'immersion.
Delta, au sud de la Fraser River, à plus d'1h en bus de Vancouver. Quartier plutôt populaire où résident les gens qui n'ont pas les moyens de se loger plus près. 2 classes d'anglais langue d'apprentissage (ELL), tous les élèves, de 13 ans à 17 ans, sont d'origine asiatique.
Ecole Française Internationale, au nord de Vancouver, qui accueille des élèves parlant couramment le français, du CP à la 3ème.
Mac Nair, lycée implanté à Richmond, le riche quartier chinois du sud de Vancouver. L'école accueille 60 % d'immigrants (et non pas immigrés, chercher la différence dans le dictionnaire, il en existe une, subtile, à me renvoyer dans vos commentaires !). 2 classes d'ELL, élèves de niveau 3e et 1ère.

Face à l'afflux massif d'immigrants qui continue encore de nos jours, l'école a dû s'adapter et se réinventer pour intégrer au plus vite tous ces jeunes issus de cultures si différentes. Et, ma foi, elle y parvient plutôt bien : les jeunes disent se sentir à l'aise dans ce système très ouvert par rapport à celui qu'ils ont connu en Chine ou ailleurs, valorisant, non pas basé sur les notes mais sur la capacité de chacun à progresser, quel que soit son niveau de départ. Au bout de 2 ans, plus pour certains à qui l'on donne davantage de temps d'adaptation, ils n'ont plus besoin des classes d'ELL et suivent une scolarité normale avec les autres Canadiens.
Les secrets (d'après ce que j'ai vu, mais je suis bien loin d'avoir fait le tour de la question) de ce succès ?
- Les petits effectifs (les classes d'ELL n'excèdent pas 20 élèves, ni d'ailleurs celles de français ou d'anglais en immersion ou Ecole Française (7 élèves dans une des classes observées !))
- L'importance d'apprendre vite une langue qu'on utilise dans son quotidien (anglais), ou en tout cas très présente au Canada (français).
- les journées courtes : l'école finit à 15 h, et les vacances sont moins nombreuses.
- La longueur des cours (75 min), qui donnent la possibilité de mener à bien des projets.
- La non multiplicité des cours quotidiens (4 blocks), et donc le suivi des élèves par un prof 4h par semaine.
- Le choix qui est donné aux élèves d'abandonner des matières qui ne leur plaisent pas à partir de la 2nd (sauf l'anglais, obligatoire jusqu'en Terminale, les maths et l'Histoire Géo jusqu'en 1ère).
- L'accueil, et la volonté exprimée de mélanger et valoriser les cultures. (Ceci n'a bien sûr pas toujours été le cas, comme en témoigne l'histoire des Aborigènes.)
- La formation solide des profs, très encadrés par plusieurs profs expérimentés pendant 1 an, et l'obligation qu'ont beaucoup d'assurer des remplacements et faire leurs preuves au début de leur carrière, voire d'avoir un petit boulot à côté avant d'avoir un poste fixe. La formation continue et le travail d'équipe se poursuivent ensuite tout au long de la carrière grâce à des journées mensuelles où les élèves restent chez eux.
- La bivalence des profs, qui rend le système -et les gens!- beaucoup plus souples.
- Le remplacement systématique des profs absents grâce à un volet conséquent de jeunes profs en début de carrière, et l'obligation qui est faite au prof qui confie sa classe de laisser son programme et des consignes précises au remplaçant. A ce propos, j'ai aussi appris que le prof qui sature et a besoin de prendre une semaine pour souffler peut faire la demande d'un congé sans solde, et être remplacé aussitôt.
- L'implication et la confiance des parents.
- La pédagogie, basée sur la valorisation de l'élève et le travail de groupe autour de projets.

En matière d'innovation pédagogique, je n'ai rien vu de marquant. J'ai juste noté un grand pragmatisme dans le choix des projets, la façon de les présenter (importance et temps consacré à donner les consignes qui guident les élèves vers la tâche à accomplir par exemple), la volonté de s'adresser à tous les élèves, quelle que soit leur façon d'apprendre, qu'ils soient auditifs, visuels, kinesthésiques, capables de s'exprimer par le dessin, la musique, le sport...
Les initiatives artistiques, culturelles, humanitaires sont particulièrement encouragées au sein des écoles, sous la forme de clubs, groupes de musique, théâtre...
J'ai été très marquée par le respect mutuel, le manque de stress, et le temps consacré à chacun.
Tiens, rigolo : J'ai même vu 2 profs, non aveugles, qui avaient amené leurs chiens d'aveugle en cours pour en parfaire le dressage. C'est peut-être aussi possible en France dans ce cas précis, je n'en sais rien.

Bon, c'est vrai, si je dresse un portrait plutôt idéalisé du système scolaire de BC, c'est bien parce-que je rêverais de venir y enseigner un an en école d'immersion, et que je sais que je n'aurais aucun mal à trouver un poste...
C'est aussi parce-que je me suis contentée d'observer des classes de langue, et que la réalité est sans doute un peu différente en cours de Maths, Hist-Géo, Anglais langue maternelle, où les effectifs vont jusqu'à 30, et où la motivation n'est peut-être pas égale chez tous les élèves .

L'envers du décor, c'est le manque de culture générale au bout de la scolarité (mais ne retrouve-t-on pas maintenant la même chose en France, chez nos jeunes qui ont très tôt rencontré des difficultés à l'école et que l'on retrouve si désabusés en Terminale?).
C'est aussi l'attitude désinvolte de ceux qui mangent en classe, pianotent sur leur portable pendant le cours, n'écoutent pas les consignes. Il y en a, certes, mais curieusement, ça ne nuit pas à l'ambiance générale de la classe, qui est plutôt dans l'accomplissement, à plusieurs souvent, des tâches proposées.

Le mythe du Chinois studieux, discipliné et attentif est dépassé : jeans troués, chewing gums et tenues provocantes sont de mise ici comme partout, et si certains, les filles pour la plupart, réussissent mieux, il n'en est pas de même pour tous, et j'ai pu rencontrer, comme partout, de sacrés loulous.

Notre amie Monique, chercheur dans le département de langue et littératie en éducation à l'Université de Colombie Britannique, qui a eu la gentillesse, par l'intermédiaire de ses connaissances de m'introduire auprès de tous les collègues qui m'ont accueillie dans leurs classes, m'a expliqué les 5 systèmes qui existent au Canada pour apprendre le français (cf épisode 7). Il semblerait que la façon dont nous enseignons les langues en France ressemble à ce qui ici s'appelle Français de Base, et qui donne des résultats très médiocres.

J'en apprendrai sans doute encore plus au symposium intitulé « intercultural Research, : Looking Back, Looking Forward » du 9 mai, qui a lieu à la fac, et auquel je me suis inscrite pour boucler mon petit tour d'horizon sur l'enseignement au Canada.

La suite de l'histoire sera plutôt visuelle, avec peut-être des photos déposées ici ou là au gré de nos découvertes, comme celle de l'île de Saturna, où Tophe -et nous par la même occasion;-)))- sommes invités à un weekend intitulé Adventures with Orcas in the North Pacific.
Et peut-être Tophe ramènera-t-il quelques belles photos de son escapade de 10 jours début juin du côté de Bella Coola où il va aller travailler sur les orques avec son ami chercheur de longue date, Lance.

Et voilà, la boucle est bouclée ! Merci à ceux qui m'ont encouragée à poursuivre le blog, et les autres qui ont eu la patience de me lire !
Et surtout, savourez le printemps !

Domie Xtophe Jean

6 commentaires:

  1. Génial ton blog Domie! Il faut qu'on se voie quand vous rentrerez, j'aimerais parler avec toi de votre aventure canadienne et de nos projets. Bisous

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  2. Merci Natacha,. Avec plaisir !

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  3. Immigrant ou immigré ?
    Publié le décembre 20, 2010 par Corinne Béguerie

    Cela fait un certain temps que je m’interroge sur la différence entre les mots immigrants et immigrés. En Europe, et notamment en France, on appelle les personnes nées hors du pays, ayant une autre nationalité et venues s’installer sur le territoire, des immigrés. Au Canada, et particulièrement au Québec, on utilise le mot immigrant.

    Au premier abord, le mot immigrant fait référence à un processus en cours, alors que le mot immigré définit une situation terminée. Pourquoi alors appelle-t-on les personnes ayant immigré au Canada des immigrants ? Ils ont quitté leur pays, leur processus migratoire est terminé, ils sont installés. Et pourquoi ai-je l’impression que le mot immigré en France a une connotation péjorative alors que je n’ai pas cette impression avec le mot immigrant au Canada ?

    Je suis donc allée voir dans les dictionnaires pour savoir ce que l’on en dit.

    Côté français, pour le Petit Larousse illustré de 2007, l’immigrant est celui « qui immigre, qui vient s’installer dans un pays étranger au sien », alors que l’immigré est celui « qui a immigré ». On retrouve donc ici la référence au processus et à l’action terminée. Pour le Robert de poche plus 2011, la définition de l’immigrant est la même que celle du Larousse : « personne qui immigre dans un pays ». Par contre, la définition de l’immigré est nettement plus poussée : « qui est venu de l’étranger, souvent d’un pays peu développé et qui vit dans un pays industrialisé ».

    Côté québécois, dans le Multidictionnaire de la langue française 2002, l’immigrant est défini de la même manière que dans les deux précédents ouvrages cités : « personne entrant dans un pays étranger pour s’y établir », avec l’utilisation du verbe entrer que l’on n’avait pas du côté français, mais toujours avec l’idée d’un processus en cours. L’immigré est défini comme la personne « qui vient habiter un nouveau pays après avoir quitté le sien », c’est donc une action terminée. Pour finir, je suis allée voir les définitions du Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, et là, on change de domaine. L’immigrant est une « personne n’ayant pas encore acquis la citoyenneté canadienne, mais ayant obtenu le droit d’établissement au Canada, un résident permanent. » On est dans une définition strictement juridique. Ne cherchez pas de définition de l’immigré, il n’y en a pas.

    Cela ne répond pas exactement à la question, mais illustre bien le propos selon que l’on se place dans un contexte français ou québécois. Je ne généraliserais pas à partir de quelques définitions, car il faudrait pour cela faire des recherches bien plus poussées dans les encyclopédies sur l’origine de ces deux mots, l’influence de l’histoire, l’usage, la sémantique, les traductions dans d’autres langues, etc. Mais je trouve fort intéressant d’opposer ces deux mots qui correspondent bien à deux réalités différentes en fonction du côté de l’océan où l’on se trouve. Et j’aimerais susciter la réflexion à ce sujet.

    Si j’ai la chance d’avoir quelques lecteurs qui veulent participer à la discussion, j’aimerais connaître leur avis sur la question. N’hésitez pas à partager des expériences, des anecdotes, des histoires vécues.

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  4. Je savais bien que mon papa ne résisterait pas à l'envie d'en savoir plus ! Merci.

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  5. ... quoique, en bon français, immigrant est celui qui est en train d'immigrer (participe présent), immigré est celui qui a déjà immigré (participe passé) A signaler à nos amis canadiens qui sont plutôt puristes en ce qui concerne l'héritage de la langue.
    Bises.

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