jeudi 20 mars 2014

Episode 5

Bonjour à tous ! Comment aborder l'épisode 5 ? Un peu comme les autres, au gré de l'humeur, du temps, des nouvelles du moment, et de l'envie !

L'humeur, elle est aux vacances, (non pas que j'en sois privée, d'ailleurs, cette année...) C'est notre fiston qui souffle pendant 15 jours : finis les coups de fatigue en rentrant de l'école, tout saturé qu'il est d'avoir entendu cette langue barbare qui petit à petit fait son chemin dans les méandres du cerveau.
Tophe quant à lui s'octroie quelques jours par ci par là, le temps par exemple d'aller nous mette tous au vert chez nos amis français à Salmon Arm, au centre de la Colombie Britannique. Il nous aura fallu 5 heures pour les rejoindre dans leur ferme qui surplombe par le Nord le lac Shuswap, du nom des Indiens qui un jour en furent les principaux habitants.
Elle n'est pas commune, l'histoire de Benoît et Syvie, venus s'installer dans les années 80 dans ce coin perdu à l'époque, et qui, à force de courage, de persévérence et d'ingéniosité ont établi leur vie entre les Coastal Ranges et les Rocky Mountains. Mais si on observe un peu et on profite de la fête locale pour discuter avec les gens, on s'aperçoit qu'ils ont été nombreux, tous ces hippies ou objecteurs de conscience d'une époque, à chercher une vie plus harmonieuse ici, par goût du vert, de l'aventure, ou pour fuir la guerre du Vietnam. Aujourd'hui, cowboys à visage buriné et marginaux à cheveux longs (et gris) se mélangent lors de la Saint Patrick avec la population plus classique venue petit à petit coloniser les bords du lac. Depuis ces dernières années, le lac prête ses berges à la construction de villas de vacances plus luxueuses destinées à accueillir en particulier les riches exploitants de pétrole d'Alberta. Les prix ont grimpé, les temps ont changé.
Avec son look français (?), Tophe a été entrepris par des dames canadiennes d'un certain âge dont l'une aurait dit de lui : « He looks very coherent. ». Allez savoir ce que ça veut dire. D'ailleurs, étions-nous bien « coherents » lorsque nous dansions le rock sur de la musique irlandaise ? J'en doute.
Quel plaisir de retrouver la campagne, profiter de la très chaleureuse compagnie de Benoît et Sylvie, leurs animaux, assister la nuit sous la pleine lune à la naissance des premiers agneaux de l'année, et marcher en raquettes dans la neige. Le contraste avec Vancouver est étourdissant...

Semaine intéressante pour Tophe : il a tout d'abord présenté son travail sur les mammifères marins au collège français Cousteau, où il a trouvé les jeunes particulièrement vifs et intéressés (L'espace de quelques heures, il a même eu envie de devenir prof !), et il a assisté à une conférence et une formation données à l'université par une journaliste de CBC venue donner aux chercheurs les clés d'une bonne communication scientifique auprès du grand public  : annoncer un plan cohérent (tiens donc, encore ce mot), utiliser un langage clair, simple, mais tenir des propos d'un niveau élevé (ça n'est pas parce que le langage est simple que les auditeurs sont idiots), ne développer que quelques idées phares, étayées pour certaines par des exemples précis, faire monter le suspense lorsqu'il s'agit de donner les résultats d'une étude (et ne pas tout dire tout de suite !), émailler ses propos de quelques mini-silences pour laisser respirer l'auditoire, privilégier l'inter activité avec les auditeurs en leur laissant l'espace pour poser quelques questions. J'ai dû oublier des choses, que Xtophe se chargera de rajouter au prochain épisode.
Moi, je pense que les Anglo-Saxons sont très forts à l'oral. Ils y sont d'ailleurs entraînés à l'école dès leur plus jeune âge, et le contraste est flagrante entre les petits Français et les petits Canadiens, beaucoup plus à l'aise.
Cette différence d'approche et de technique est très notable lorsque l'on écoute la radio : j'ai plaisir à écouter CBC qui propose des émissions de qualité destinées à tous, et en particulier à la mosaique d'étrangers installés au Canada. Cette radio joue pleinement le rôle qu'elle s'est assigné : celui d'aider chacun à s'intégrer au mieux dans cette culture à 1000 facettes et pourtant commune à tous ceux qui ont choisi de rester ici. Finis les discours pontifiants qui agacent ou font se sentir bête...

A vous qui en avez assez d'entendre parler d'école, l'épisode 5 peut s'arrêter ici.
A vous qui êtes en recherche d'idées nouvelles ou tout simplement curieux du fonctionnement d'ailleurs, prenez une grande respiration avant de plonger dans l'univers de l'école canadienne ! Sylvie qui a été prof de français en Colombie Britannique pendant 20 ans a patiemment répondu à toutes mes questions, et voilà ce que j'ai retenu :

Les profs candiens ont 20h de cours effectifs par semaine, plus 5 heures comprenant le repas (40 minutes), les réunions, surveillances des récréation, aide individualisée, et autres obligations de présence, pour un salaire à peu près similaire au nôtre.
Presque tous sont bivalents et bénéficient d'une sécurité de l'emploi.
Leur formation est basée aussi bien sur la théorie que la pratique : pendant un an, ils sont stagiaires dans des établissements, et montent avec un prof référent des séquences qu'ils expérimentent ensuite auprès de classes qu'ils connaissent pour les avoir déjà observées.
Ils ne sont jamais inspectés au cours de leur carrière.
Ils animent 4 heures de cours par jour, 5 jours sur 7 et terminent leurs cours à 15h.
Ils disposent d'une journée de formation par mois, journée pendant laquelle les élèves restent chez eux. S'ils ont demandé une formation d'établissement car ont constaté par exemple des besoins particuliers chez les élèves (ex : apprendre à se concentrer, savoir mieux lire les énoncées, apprendre à développer davantage le cerveau gauche, s'exprimer correctement à l'oral...), tout le personnel est tenu de faire la formation sur une journée et mettre en place en équipe, chacun dans sa discipline, une activité en relation avec la formation. Si ce projet donne de bons résultats au bout de quelques mois, il est reconduit, amélioré, sinon, il est abandonné.
Il existe un éducateur spécialisé ainsi qu'un psychologue scolaire par établissement.
Si les profs sont absents, ils sont aussitôt remplacés par un prof remplaçant qui a reçu la même formation qu'eux et est payé de la même façon.
Tous les personnels peuvent planifier sur plusieurs années une année sabbatique, c'est à dire qu'ils décident par exemple de travailler à plein temps pendant 4 ans en touchant 75% de leur salaire, et ainsi être payés de la même façon pendant la 5ème année qu'ils choisissent de passer autrement. Ainsi beaucoup de personnes arrivent plus facilement à se recycler, changer de travail, ou voir ailleurs ce qui se passe.

L'année scolaire est découpée en 2 semestres. Le 1er semestre, les élèves choisissent 4 matières qu'ils suivront tous les jours pendant toute la durée du semestre.
Jusqu'en 3ème, les matières leur sont imposées. A partir de la seconde, seuls sciences, anglais, histoire géo sont obligatoires. En fin de seconde, ils peuvent laisser tomber les sciences qu'ils ont validées par un examen pour le bac. En 1ère, ils gardent obligatoirement l'histoire géo (validée pour le bac en fin de 1ère) et l'anglais. En Terminale, il ne leur reste plus que l'anglais comme matière obligatoire. Ce qui veut dire que toutes les autres matières sont facultatives, donc elles relèvent du choix de l'élève. La motivation est donc bien évidemment très différente.
Le 2ème semestre, ils choissisent 4 autres matières, ce qui veut aussi dire qu'un élève peut faire du français par exemple de manière intensive pendant 6 mois (4h par semaine) et ne plus en faire pendant les 6 mois qui suivent, pour ensuite le reprendre dans la classe supérieure. (!) Avis du prof concerné qui a testé 2 façons de faire  : il est plus efficace de mettre les élèves en mini immersion 1 semestre dans la langue, établir un contact serré avec eux, mettre sur pied des projets ambitieux que de les voir toute l'année, mais seulement 2h par semaine, en les chargeant en travail personnel pour éviter qu'ils oublient tout d'une fois sur l'autre. En général, les élèves choisissent tout de même de garder d'un semestre à l'autre la langue qu'ils ont choisi d'apprendre.
Ici, on n'empile pas les matières, et il est fréquent d'abandonner une langue qu'on a apprise au collège au profit d'une matière qui plaît davantage au lycée.
Les élèves qui auront choisi de faire de l'art plastique pendant 1 semestre considèreront la matière tout aussi importante que n'importe quelle autre car elle comptera autant, et sutout, ils l'auront choisie.
Le régime est un peu différent pour le sport et la musique : les profs de ces disciplines gardent les mêmes élèves toute l'année à raison de 2h par semaine pour éviter de solliciter le corps 4 h par semaine.
Le but principal de l'école est d'amener les individus à se développer personnellement, quel que soit leur niveau, et non pas d'acquérir le maximum de connaissances dans le maximum de disciplines. On ne privilégie pas l'acquisition d'une culture générale, mais la capacité à évoluer dans les disciplines choisies, voire s'adapeter à de nouveaux savoir-faire.
La compétition entre élèves n'est pas favorisée, mais plutôt la collaboration autour de projets communs, qui obligent les élèves à travailler en groupes.
Les classes n'excèdent pas 30 élèves par classe, et les profs n'ont pas plus de 4 classes en tout. Ils connaissent bien leurs élèves qu'ils voient tous les jours. Et c'est parce qu'ils leur enseignent tous les jours qu'ils leur donnent très peu de devoirs.
Si une matière est choisie par trop peu d'élèves, le prof est invité à enseigner davantage son autre matière, voire, s'il est monovalent, se former dans une autre matière ou assumer un rôle à la bibliothèque ou autre.
Si un élève pse problème, une réunion d'équipe a lieu immédiatement. L'élève, puis les parents sont convoqués. Il n'est pas rare pour un prof de laisser une classe en autonomie pour aller discuter avec un élève envoyé chez le principal à cause d'un comportement inadéquat. Les exclusions existent mais sont rares car les établissements reçoivent des subventions en fonction du nombre d'élèves.
Si un élève ne suit pas en primaire, il a la possibilité de redoubler une seule fois. S'il ne suit pas dans une matière à partir du collège, il ne redouble que dans la ou les matières qui lui posent problème, et se retrouve donc avec des élèves plus jeunes que lui, bons ou moins bons.

Ceci est le fonctionnement d'un lycée précis de Colombie Britannique. Il semblerait que les établissements aient une autonomie assez importante. Chaque province du Canada a aussi son propre fonctionnement. Seuls les programmes d'immersion ou destinés aux First Nations relèvent d'un fonctionnement fédéral. Les Indiens défavorisés peuvent bénéficier d'un suivi post scolaire assuré par les profs volontaires. En général, les filles de chefs réussissent mieux que les garçons.

Voilà en vrac toutes les réponses à mes questions. Il en existe bien d'autres qui m'ont été aussi suggérées par les amis et collègues qui réagissent par mail à mes petites chroniques. Il semblerait que collègues profs et parents d'enfants d'âge scolaire se posent bien des questions à propos de l'école en France.

J'ai hâte de mettre une réalité sur tous ces propos qui pour l'instant restent très théoriques. Dès le retour des vacances, je suis invitée à assister à un cours d'anglais au collège français Cousteau, et de là à des cours de français langue étrangère dans d'autres établissements scolaires. Je verrai ainsi de mes propres yeux s'il est si important d'interdire les portables ou la nourriture en classe, dans quelle mesure la relation de respect au professeur passe par l'autorité, comment sont gérés les travaux de groupe lorsque les élèves sont jeunes, etc..., et je continuerai à vous casser les pieds ! (A ceux qui ont le courage de lire jusqu'au bout, s'entend.)

J – 7 avant le départ de Xtophe pour 3 semaines (France, Ecosse), J- 10 avant notre déménagement vers un lieu moins élevé.
Il fait un temps magnifique, je rentre d'une leçon de français au Lighthouse Park (N O de Vancouver) donnée à Elsie face à la mer, et en écrivant, je profite encore de la vue sur les montagnes...

Vos nouvelles nous font toujours chaud au cœur.

Domie Xtophe Jean


la très jolie maison de Benoît et Sylvie faite main

Basile, qui nous a rapprochés de notre Zen


Benoît et sa nouvelle maison en cours



la jolie Sylvie

la tour qui ne cesse de monter et nous cacher la montagne enneigée

pique-nique et cours de français au Lighthouse park

10 commentaires:

  1. Top Domie. Merci beaucoup. C'est quoi l'histoire de Benoît et Sylvie ? Continue sur l'école, ça m'intéresse, beaucoup. Des bises à tous

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    1. Arrivés au Canada dans les années 80 dans un endroit perdu à l'époque. Lui autodidacte qui construit des maisons en commençant par abattre des arbres, les découper, les tirer à cheval dans la forêt, et puis scier, assembler, construire...
      Elle, médecin, reprend ses études pour devenir prof de français et bio, fait son jardin potager, vend sa production au marché.
      Tous les 2, marcheur ou cavalier au long cours.
      Voilà une toute petite partie de l'histoire de Benoît et Sylvie !

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  2. Il n'ya malheureusement pas de psychologue scolaire par école. Seulement un ( ou peut-être davantage)par commission scolaire. Tu écris si bien Domie, quel plaisir de lire tes aventures.

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  3. Bonjour La famille Guinet!
    Mon père vient de me transmettre le lien vers votre blog et je découvre avec passion vos aventures! J'en suis à l'épisode 3 et je dois m'interrompre pour le moment mais je fais un petit commentaire et je reprendrai la lecture des que possible. C'est captivant et ça donne envie de vivre des expériences similaires. Jean a beaucoup de chance et j'espère un jour partager ce type d'aventure avec mes enfants. Profitez en bien. J'ai hâte de lire la suite. A bientôt!
    Bises à vous 3
    Natacha (de son petit village d'aigonnay)
    PS: votre fiston est devenu un très beau jeune homme!

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    1. Quel plaisir de recevoir de tes nouvelles ! Merci pour ton commentaire, et bises à ta petite famille.
      PS : "Chaque vie, pour peu qu'on la voie ainsi, est une aventure en soi."

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  4. Bonjour Oh amis français expatriés au pays qui fait rêver ! Je rejoints Sylvie : un bonheur de te lire Domie ! on ne se lasse pas ...
    Notre court séjour à Montréal l'an passé, m'avait laissé cette impression d'échange verbal beaucoup naturel qu'au pays de Molière ! et c'est bien ce qui a plu à Florent : un rapport prof/élèves plus constructifs, mais cela ne vient il pas aussi des mentalités que nous, parents inculquons à notre progéniture ? l'écoute et l'ouverture vers l'autre, le respect des différences et la richesse de ces différences ...les élèves sont pleinement responsabilisés de leur avenir, ici ce sont les profs que l'on tient pour responsable de la réussite ou pas de nos enfants ! qu'en penses tu "my friend english teacher ?" ;-))

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    1. Les choses ont heureusement tendance à changer en France, mais qu'il est intéressant d'aller voir ailleurs ce qui se passe pour, plus tard, tenter d'apporter sa toute petite pierre au changement amorcé dans son pays !
      Merci pour ton commentaire, ClairO

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  5. Ma chère Domie
    je vois que tu t'adapte parfaitement a un monde urbain...Une petite différence entre "la campagne2 sevroise" et ton lieu actuel n'est ce pas .
    Je suis super happy pour toi et je serai très heureuse de te serrer das mes bras après ton retour ..

    Love

    Dagmar

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    1. Dingue ! Qui eût cru que des Guinet survivent (et se plaisent !) dans une ambiance aussi urbaine...
      Des bisous à toi aussi et à ton homme, ma chère Dagy.

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